Le 9 janvier 1900, dans le parc romain de la Piazza della Libertà, neuf jeunes hommes menés par Luigi Bigiarelli fondent la Società Podistica Lazio. Le club, à l’origine athlétique, prend pour nom celui de la région du Latium (Lazio en italien) et choisit comme symbole l’aigle, en référence aux légions romaines antiques et aux Jeux Olympiques de la Grèce ancienne. Les couleurs sont l’azur et le blanc, hommage aux origines grecques de l’Olympisme. Vingt-sept ans plus tard, quand la Roma est créée par fusion en 1927, la Lazio refuse d’y participer. Ce refus fonde la rivalité du Derby della Capitale.
Cent vingt-cinq ans après sa fondation, la Lazio a remporté deux Scudetti, une Coupe des Coupes et plusieurs Coupes d’Italie. Ce palmarès, modeste comparé à celui des clubs du Nord, ne dit pas l’attachement viscéral des supporters laziali à leur club, ni la singularité d’une institution sportive qui se vit comme l’autre voix de Rome. Cet article retrace cette histoire, de la fondation par Bigiarelli aux ères Cragnotti et Eriksson, jusqu’à la Lazio moderne de Lotito et Sarri.
1900, Bigiarelli et la Società Podistica
La Lazio est née le 9 janvier 1900, ce qui en fait l’un des plus anciens clubs sportifs italiens. Luigi Bigiarelli, militaire et passionné de sport, réunit autour de lui huit camarades pour fonder la Società Podistica Lazio, à l’origine consacrée à la course à pied et à l’athlétisme. Le football vient s’ajouter quelques années plus tard, quand le sport gagne en popularité à Rome.
Le nom “Lazio” est choisi pour englober tout le Latium, et non seulement Rome. Cette ouverture territoriale, presque régionale, distingue la Lazio des autres clubs italiens nés sur une base strictement urbaine. Les neuf fondateurs voient dans le sport un vecteur d’unité régionale et de fierté antique, dans une Italie alors en pleine construction nationale post-unification.
La section football devient progressivement la plus importante. Dès les années 20, la Lazio évolue dans les divisions supérieures et participe au championnat national. Le club s’installe à Rome comme l’institution sportive principale, avant l’arrivée du grand bouleversement de 1927.
L’aigle, le ciel et l’héritage olympique
Luigi Bigiarelli choisit l’aigle comme symbole du club. Le rapace fait référence à la fois à l’aigle des légions romaines antiques (présente sur les enseignes militaires) et à la majesté céleste, en lien avec le ciel azur des couleurs du club. Cette identité antique, presque mythologique, donne à la Lazio un caractère solennel qui se distingue du folklore de la Roma.
Les couleurs azur et blanc sont également un choix symbolique. Selon la tradition, elles renvoient à la Grèce antique et aux Jeux Olympiques d’Olympie, lieu de naissance du sport moderne dans l’imaginaire des fondateurs. Cette filiation grecque est revendiquée explicitement, dans une démarche qui mêle gymnastique, athlétisme et fierté civique.
Au stade Olimpico, lors des matchs à domicile, un véritable aigle vivant nommé Olympia est présenté avant le coup d’envoi. Ce rituel, instauré dans les années 2010, illustre l’attachement du club à son symbole originel, plus de 120 ans après sa fondation. Les surnoms officiels du club, “Le Aquile” (les Aigles) et “Biancocelesti” (Blanc et Bleu Ciel), traduisent ces deux dimensions visuelle et symbolique.

1927, le refus de la fusion avec la Roma
En 1927, le régime fasciste pousse à la création d’un grand club romain capable de rivaliser avec les puissances du Nord. Italo Foschi, dirigeant fasciste de la Fédération romaine, propose la fusion de tous les clubs majeurs de la capitale. Trois clubs acceptent (Roman FC, Alba-Audace, Fortitudo) et donnent naissance à l’AS Roma le 7 juin 1927. La Lazio, elle, refuse.
Ce refus, porté par le général Giorgio Vaccaro, dirigeant influent du club et figure politique, repose à la fois sur la fierté de l’indépendance historique de la Lazio (déjà présente depuis 27 ans) et sur des protections politiques au sein du régime. Vaccaro réussit à préserver l’autonomie du club, ce qui sera déterminant pour la suite de son histoire.
Ce refus crée mécaniquement la rivalité du Derby della Capitale. À partir de 1927, Rome compte deux clubs majeurs, qui s’affrontent au moins deux fois par saison en championnat. Cette rivalité, particulièrement intense, prend rapidement des connotations sociales et politiques (la Roma plus populaire, la Lazio plus bourgeoise selon les représentations historiques), même si ces clivages se sont largement effacés aujourd’hui.
1974, le premier Scudetto avec Maestrelli
Pendant des décennies, la Lazio reste un club de milieu de tableau, sans titre majeur. Le premier sommet est atteint en 1974, sous la direction de l’entraîneur Tommaso Maestrelli, avec une équipe portée par Giorgio Chinaglia, redoutable attaquant qui inscrit 24 buts en championnat. La Lazio remporte son premier Scudetto le 12 mai 1974, avec deux journées d’avance.
Cette équipe championne, surnommée “la Lazio des fous” en raison de ses fortes personnalités et de tensions internes parfois explosives, restera dans la mémoire des supporters comme une formation à part. Chinaglia rejoindra ensuite le Cosmos de New York dans la NASL, marquant l’expansion mondiale du football italien dans les années 70.
Mais cette gloire est suivie d’une longue traversée du désert. Plusieurs scandales ponctuent les années 80 (Totonero, paris truqués) et envoient brièvement la Lazio en Serie B. Il faut attendre l’arrivée d’un nouveau président ambitieux, à la fin des années 80, pour relancer la dynamique du club.
Les années Cragnotti et Eriksson
Sergio Cragnotti, industriel italien à la tête du groupe agroalimentaire Cirio, prend la présidence de la Lazio en 1992. Il y injecte des sommes considérables, attire de grandes vedettes étrangères et impose une ambition jusque-là étrangère au club : devenir une grande puissance européenne. Sous sa direction, la Lazio recrute Pavel Nedvěd, Christian Vieri, Hernán Crespo, Juan Sebastián Verón, Alessandro Nesta (formé au club), Marcelo Salas, Roberto Mancini, Siniša Mihajlović.
L’arrivée du Suédois Sven-Göran Eriksson sur le banc en 1997 change la donne. Le coach scandinave, déjà passé par la Sampdoria et la Fiorentina, structure cette équipe ultra-talentueuse et la mène vers les sommets. La Coupe d’Italie 1998, la Coupe des Coupes 1999, la Supercoupe d’Europe 1999, le Scudetto 2000 : la Lazio aligne quatre saisons les plus glorieuses de son histoire.
Le projet Cragnotti se brisera quelques années plus tard avec la faillite du groupe Cirio en 2003. La Lazio est mise en grande difficulté financière, doit vendre ses cadres (Nesta, Crespo, Stankovic), et entame une longue phase d’assainissement. Claudio Lotito, qui rachète le club en 2004, mettra en place un modèle plus prudent, axé sur l’équilibre financier au prix d’ambitions sportives moindres.

1999, la Coupe des Coupes à Birmingham
Le 19 mai 1999, à Villa Park (Birmingham), la Lazio dispute la dernière finale de l’histoire de la Coupe des Coupes (compétition supprimée par l’UEFA après cette édition). L’adversaire est le Mallorca, club espagnol surprenant. La Lazio l’emporte 2-1 grâce à des buts de Christian Vieri et Pavel Nedvěd. C’est le premier (et toujours unique) trophée européen majeur du club.
Cette victoire est doublement significative. Elle valide l’investissement Cragnotti et offre au club sa première grande satisfaction continentale. Elle s’inscrit aussi dans la dernière édition d’une compétition historique du calendrier européen, ce qui lui donne une dimension patrimoniale particulière. Quelques mois plus tard, la Lazio bat Manchester United (alors triple vainqueur de C1, Coupe d’Europe et FA Cup) en Supercoupe d’Europe, confirmant son rang continental.
L’année 1999 est l’apogée de la Lazio moderne. Mais ces succès, financés par les pertes du groupe Cragnotti, vont devoir être payés quelques années plus tard, quand l’équilibre financier de l’ensemble s’effondre.

2000, le second Scudetto historique
Le 14 mai 2000, dernière journée de Serie A, la Lazio est en course pour le titre avec la Juventus, qui compte deux points d’avance. La Lazio reçoit la Reggina à l’Olimpico et l’emporte 3-0. À Pérouse, sous une pluie diluvienne qui interrompt longuement le match, la Juventus s’incline 1-0 contre Pérouse. La Lazio est sacrée championne d’Italie, 26 ans après le titre de 1974.
Cette saison 1999-2000, qui voit la Lazio remporter un doublé Coupe d’Italie + Scudetto, reste l’apogée sportive du club. L’équipe d’Eriksson, qui combine technique italienne (Mancini, Mihajlović, Inzaghi) et talents étrangers (Nedvěd, Verón, Salas, Stankovic), est l’une des plus complètes du football européen de la fin des années 90.
Eriksson quittera la Lazio en 2001 pour devenir sélectionneur de l’Angleterre, première fois qu’un étranger occupe ce poste. La Lazio entamera alors un cycle de difficultés financières puis de reconstruction, sans jamais retrouver immédiatement ce niveau. Plus récemment, sous Maurizio Sarri (2021-2024) puis Marco Baroni puis Maurizio Sarri à nouveau, le club est revenu en haut de tableau, sans toutefois atteindre les sommets de l’ère Cragnotti.
L’identité supportériste et ses controverses
La Lazio est aussi connue pour la singularité de sa culture supportériste. Le groupe ultras “Irriducibili”, fondé en 1987, a marqué l’identité de la curva Nord du stade Olimpico pendant trois décennies. Ce groupe a malheureusement été associé à diverses formes d’extrémisme politique de droite, et le club a connu plusieurs sanctions UEFA et FIGC pour des incidents racistes ou antisémites dans les tribunes.
Cette dimension reste un enjeu sensible. La direction du club a régulièrement condamné ces comportements, et de nombreux supporters laziali contestent la représentation médiatique réductrice qui en découle. Il existe une majorité silencieuse de supporters laziali qui rejette absolument ces dérives et défend une identité de club ouverte et sportive.
Le stade Olimpico, partagé avec la Roma depuis 1953, peut accueillir 70 634 spectateurs. C’est l’un des plus grands stades d’Italie et le théâtre des plus grandes émotions des deux clubs romains. Les jours de derby, l’enceinte est divisée entre la curva Nord laziale et la curva Sud giallorossa, dans une ferveur sonore et visuelle unique en Europe.
Pour aller plus loin sur le calcio italien, on a écrit un papier sur l’AS Roma et la Louve, et sur la Juventus et l’empire Agnelli.
Ce qu’il faut retenir
- La Lazio Rome a été fondée le 9 janvier 1900 par Luigi Bigiarelli, ce qui en fait l’un des plus anciens clubs sportifs italiens.
- L’aigle est le symbole choisi dès l’origine, en référence aux légions romaines antiques.
- Les couleurs azur et blanc évoquent la Grèce antique et les Jeux Olympiques d’Olympie.
- En 1927, la Lazio refuse la fusion qui crée l’AS Roma, fondant ainsi la rivalité du Derby della Capitale.
- Premier Scudetto en 1974 sous Tommaso Maestrelli, avec Giorgio Chinaglia meilleur buteur du championnat.
- Coupe des Coupes 1999 (dernière édition de l’histoire) contre Mallorca à Birmingham, premier trophée européen majeur du club.
- Second Scudetto en 2000 sous Sven-Göran Eriksson, avec Nedvěd, Verón, Crespo et Salas.
- Le stade Olimpico est partagé avec l’AS Roma depuis 1953, avec une capacité de 70 634 places.
Pour aller plus loin
Pour explorer la rivalité romaine et les autres grands du calcio italien, on vous recommande nos papiers sur l’AS Roma, la Louve et Totti, sur la Juventus et l’empire Agnelli, et sur le SSC Naples de Maradona au Scudetto 2023. Notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A revient sur les pièces iconiques du calcio, dont le maillot biancoceleste de la Lazio.
Questions fréquentes
Quand la Lazio Rome a-t-elle été fondée ?
La Lazio Rome a été fondée le 9 janvier 1900 par Luigi Bigiarelli et huit camarades, sous le nom de Società Podistica Lazio. À l’origine athlétique, le club a progressivement développé sa section football pour devenir l’une des institutions majeures du calcio italien.
Pourquoi l’aigle est-il le symbole de la Lazio ?
L’aigle a été choisi par Luigi Bigiarelli en 1900, en référence à l’aigle des légions romaines antiques. Ce symbole inscrit le club dans la continuité de l’Antiquité romaine. Lors des matchs à domicile, un aigle vivant nommé Olympia est présenté avant le coup d’envoi.
Quels sont les Scudetti remportés par la Lazio ?
La Lazio Rome a remporté deux Scudetti : 1973-1974 sous Tommaso Maestrelli avec Giorgio Chinaglia, et 1999-2000 sous Sven-Göran Eriksson avec Nedvěd, Verón, Crespo et Salas. Le club compte également sept Coupes d’Italie et plusieurs Supercoupes nationales.
Pourquoi la Lazio a-t-elle refusé la fusion de 1927 ?
En 1927, le régime fasciste a poussé à la création de l’AS Roma par fusion de plusieurs clubs romains. La Lazio, sous l’influence du général Giorgio Vaccaro, a refusé cette fusion pour préserver son indépendance historique et son identité antérieure de 27 ans. Ce refus a fondé la rivalité du Derby della Capitale.
Quel est le palmarès européen de la Lazio ?
La Lazio a remporté la Coupe des Coupes 1999 contre Mallorca à Birmingham (2-1), dernière édition historique de cette compétition. Elle a également gagné la Supercoupe d’Europe 1999 contre Manchester United. Ce sont les deux trophées européens majeurs du palmarès biancoceleste.
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