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Histoire Juventus : 125 ans de la Vecchia Signora

Le 1er novembre 1897, dans une rue de Turin, un groupe de lycéens du Massimo d’Azeglio fonde un club de football qu’ils baptisent Sport-Club Juventus, du latin signifiant “jeunesse”. Les frères Eugenio et Enrico Canfari sont à l’origine de cette aventure presque enfantine, qui ne ressemble en rien à la machine à gagner qu’elle deviendra. À l’époque, les joueurs portent une chemise rose et une cravate noire, financent eux-mêmes leur équipement, et jouent sur des terrains improvisés.

Cent vingt-cinq ans plus tard, la Juventus affiche 36 titres de champion d’Italie, deux Ligues des Champions, et une mainmise quasi continue sur le calcio depuis les années 1920. Cet article retrace l’histoire de la Juventus, ce club que l’Italie surnomme “la Vecchia Signora”, la Vieille Dame, et qui reste indissociable de la famille Agnelli et de la ville industrielle de Turin.

1897, la fondation au lycée d’Azeglio

Tout commence dans un préau de lycée, sous un banc de la rue Montevecchio à Turin. Les frères Canfari, Eugenio et Enrico, et leurs camarades du Massimo d’Azeglio, lycée classique de la bourgeoisie turinoise, fondent leur club le 1er novembre 1897. Le nom Juventus, qui veut dire “jeunesse” en latin, traduit l’âge des fondateurs autant que leurs ambitions modestes : jouer au football, alors discipline encore confidentielle en Italie.

Les premières années sont artisanales. Le club joue dans des conditions précaires, change plusieurs fois de terrain, et n’a aucune structure professionnelle. Les premiers maillots sont roses, avec une cravate noire portée par-dessus, ce qui paraît aujourd’hui aussi improbable qu’historiquement attesté. Cette tenue fragile s’effiloche rapidement et oblige le club à chercher autre chose.

La Juventus dispute son premier championnat italien en 1900. Elle remporte son premier Scudetto en 1905, devenant ainsi le premier club non basé dans la ville fondatrice du calcio (Gênes) à inscrire son nom au palmarès. Le club commence à se faire un nom, mais reste un acteur secondaire jusqu’à l’arrivée d’un industriel piémontais qui va tout changer.

L’arrivée des Agnelli en 1923

En 1923, Edoardo Agnelli, fils du fondateur de Fiat Giovanni Agnelli, prend la présidence du club. Cette date marque le début d’une histoire d’amour quasi ininterrompue entre la famille industrielle turinoise et la Juventus, qui dure encore aujourd’hui. La famille apporte les moyens financiers d’un grand groupe industriel et la rigueur de gestion d’un patriarcat patronal italien.

Sous l’impulsion des Agnelli, la Juventus enchaîne les titres dans les années 1930 : cinq Scudetti consécutifs entre 1931 et 1935, un record absolu pour l’époque. L’équipe attire des vedettes étrangères comme l’Argentin Raimundo Orsi ou le Brésilien Filó, et impose progressivement une domination que les autres clubs italiens peinent à contester.

Cette association entre une famille industrielle et un club de football est singulière en Italie. Les Agnelli considèrent la Juventus comme un patrimoine familial, géré dans la durée, transmis de génération en génération. Edoardo, puis Gianni, puis Umberto, puis Andrea Agnelli (président de 2010 à 2023) : la lignée s’est succédée à la tête du club avec une continuité rare dans le football moderne.

L’Allianz Stadium, stade de la Juventus

Du rose au noir et blanc, l’inspiration Notts County

Les célèbres rayures noires et blanches de la Juventus ne datent pas de la fondation. En 1903, lassés des maillots roses qui se délavaient, les dirigeants envoient l’un de leurs membres, John Savage, en Angleterre pour ramener de nouvelles tenues. Il choisit les rayures verticales noir et blanc de Notts County, plus vieux club professionnel du monde, fondé en 1862. À la saison 1903-1904, la Juventus joue pour la première fois en bianconero, et ne quittera plus jamais ces couleurs.

Le surnom “Vecchia Signora” (Vieille Dame) apparaît dans les années 1930, sans qu’on sache précisément qui l’a inventé. Il évoque l’élégance austère du club, son sérieux institutionnel, son refus du clinquant. L’autre surnom, “Bianconeri”, désigne tout simplement les couleurs. Plus tard, “Fidanzata d’Italia” (Fiancée d’Italie) viendra compléter la collection, soulignant la popularité du club bien au-delà de Turin.

Cette identité visuelle a peu changé en 120 ans. Les variations modernes (étoile centrale au lieu des rayures complètes, années 2010-2020) ont fait débat parmi les supporters traditionnalistes, mais les bandes noires et blanches restent la marque de fabrique du club.

L’ère Trapattoni et Platini

Après une période plus discrète dans les années 60 (malgré la présence de stars comme Omar Sívori, Ballon d’Or 1961, ou John Charles), la Juventus retrouve la domination dans les années 70 et 80 sous l’égide de Giovanni Trapattoni. L’entraîneur, lui-même formé au Milan AC en tant que joueur, prend les rênes du club en 1976 et y reste dix saisons. Sous sa direction, la Juventus remporte six Scudetti, sa première Coupe de l’UEFA en 1977 et une Coupe des Coupes en 1984.

Le coup de maître arrive en 1982 avec le transfert de Michel Platini, alors capitaine de l’équipe de France et star montante du Mondial espagnol. Le Français passe trois saisons à Turin (1982-1987) et y inscrit son nom dans la légende : trois Ballons d’Or consécutifs (1983, 1984, 1985), deux Scudetti, et surtout la première Coupe d’Europe des Clubs Champions du club en 1985.

Cette finale du 29 mai 1985 contre Liverpool reste tristement célèbre pour le drame du Heysel à Bruxelles : 39 morts dans les tribunes, écrasés par l’effondrement d’un mur après des affrontements entre supporters. La Juventus l’emporte 1-0 grâce à un penalty de Platini, mais la victoire reste éclipsée à jamais par la tragédie. Le Heysel marque profondément l’histoire du club et celle du football européen, qui en tire des conclusions sur la sécurité dans les stades.

Lippi, Del Piero et la Ligue des Champions 1996

Marcello Lippi prend les rênes du club en 1994. L’entraîneur toscan construit une équipe redoutable autour d’Alessandro Del Piero, jeune attaquant arrivé de Padova, et de cadres comme Antonio Conte, Gianluca Vialli, Roberto Baggio à ses débuts. La Juventus retrouve immédiatement le sommet : Scudetto 1995, et surtout Ligue des Champions 1996 en finale contre l’Ajax (1-1, victoire aux tirs au but).

Cette victoire à Rome est la deuxième et dernière Ligue des Champions de la Juventus à ce jour. Le club enchaîne ensuite trois finales consécutives (1996, 1997, 1998), n’en gagne qu’une seule, mais asseoit son statut de référence européenne. Lippi quitte le club en 1999, y revient en 2001, et remporte deux Scudetti supplémentaires avant de partir prendre la tête de la Squadra Azzurra qu’il mènera au titre mondial 2006.

Sur cette période, Del Piero devient le visage du club. Le numéro 10 reste à Turin de 1993 à 2012, soit 19 saisons, et inscrit 290 buts en 705 matchs, record absolu du club. Sa fidélité, son lien avec les tifosi, sa manière élégante de jouer en font une figure mythique de l’histoire récente de la Juventus, comparable à ce que représente Totti pour la Roma ou Maldini pour le Milan AC.


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Le séisme Calciopoli et la Serie B

En 2006, le scandale Calciopoli secoue le calcio italien. Une enquête révèle un système d’arrangements téléphoniques entre dirigeants de clubs et arbitres, avec en première ligne Luciano Moggi, directeur général de la Juventus. Les sanctions sont historiques : la Juventus est rétrogradée en Serie B pour la première fois de son histoire, perd ses titres 2004-2005 et 2005-2006 (le second est attribué à l’Inter), et voit plusieurs cadres sportifs et dirigeants suspendus.

Ce séisme aurait pu détruire le club. Plusieurs joueurs majeurs partent (Fabio Cannavaro, Lilian Thuram, Zlatan Ibrahimović), les revenus chutent, l’aura est entamée. Mais la Juventus survit grâce à une fidélité rare de certains cadres : Gianluigi Buffon, Alessandro Del Piero, Pavel Nedvěd, David Trezeguet acceptent de jouer en Serie B, ce qui est presque inédit pour des joueurs de leur calibre.

Le club remonte en Serie A dès la première saison (2006-2007). Mais les années qui suivent sont difficiles : pas de titre entre 2003 et 2012, deux entraîneurs licenciés (Ranieri, Ferrara), un projet sportif qui peine à se reconstruire. La résurrection viendra d’un duo entraîneur-président, Antonio Conte et Andrea Agnelli, qui prendront les commandes en 2010 et 2011.

La dynastie Conte-Allegri, neuf Scudetti d’affilée

Antonio Conte, ancien capitaine de la Juventus, prend l’équipe en 2011. Il impose immédiatement un 3-5-2 ultra-organisé, une intensité physique nouvelle, et une culture de la victoire absolue. Saison 2011-2012 : 49 matchs sans défaite en Serie A, premier Scudetto depuis 2003. Les deux saisons suivantes confirment : trois titres consécutifs, dont deux avec plus de 100 points.

Quand Conte part pour la sélection italienne en 2014, Massimiliano Allegri lui succède et ne casse rien. Sous sa direction (2014-2019, puis retour 2021-2024), la Juventus enchaîne les titres et atteint deux finales de Ligue des Champions (2015 contre le Barça de Suárez-Messi-Neymar, 2017 contre le Real de Cristiano Ronaldo), perdues les deux fois. Au total, le club aligne neuf Scudetti consécutifs entre 2012 et 2020, un record absolu en Serie A.

Le transfert de Cristiano Ronaldo en 2018, à 33 ans, est l’aboutissement de cette ambition. Le Portugais reste trois saisons à Turin (2018-2021), inscrit 101 buts en 134 matchs, mais ne ramène pas la Ligue des Champions tant désirée. Son départ en 2021, combiné aux difficultés financières post-Covid et au scandale comptable de 2022 (manipulation des plus-values, sanctions sportives et judiciaires), referme un cycle. Andrea Agnelli démissionne en novembre 2022 après treize ans de présidence.

L’Allianz Stadium, premier stade en propriété

L’une des grandes décisions stratégiques d’Andrea Agnelli aura été la construction du Juventus Stadium, inauguré le 8 septembre 2011 sur les ruines du Stadio delle Alpi. Avec ses 41 507 places, c’est un stade modeste comparé à San Siro ou au Bernabéu, mais c’est surtout une rareté en Italie : un stade détenu en propriété par le club, et non par la municipalité.

Cette particularité change tout sur le plan économique. La Juventus encaisse l’intégralité des recettes billetterie, hospitalité, naming, restauration. C’est l’un des facteurs qui explique la domination financière du club sur la Serie A pendant la décennie 2010. Renommé Allianz Stadium en 2017 dans le cadre d’un contrat de naming, l’enceinte a coûté 155 millions d’euros et a fait des émules à l’étranger, l’Atalanta Bergame ayant récemment racheté son propre stade pour reproduire le modèle.

Pour la suite de l’histoire du calcio italien, on a écrit un papier sur le Milan AC et son ère Sacchi-Berlusconi, et un autre sur le derby de la Madonnina qui oppose les deux clubs milanais depuis 1909.

Cristiano Ronaldo, champion d'Italie avec la Juventus
Cristiano Ronaldo, champion d’Italie avec la Juventus

Ce qu’il faut retenir

  • La Juventus a été fondée le 1er novembre 1897 par des élèves du lycée Massimo d’Azeglio à Turin, dont les frères Canfari.
  • Les rayures noires et blanches datent de 1903, choisies en référence au club anglais Notts County, fondé en 1862.
  • La famille Agnelli (groupe Fiat) préside le club depuis 1923, avec une continuité rare dans le football moderne.
  • Surnommée “la Vecchia Signora”, la Juventus compte 36 Scudetti officiels, plus que n’importe quel autre club italien.
  • Première Ligue des Champions en 1985 (1-0 contre Liverpool, finale du Heysel), seconde en 1996 contre l’Ajax aux tirs au but.
  • Sanctionnée à l’été 2006 dans l’affaire Calciopoli, le club a été rétrogradé en Serie B et a perdu deux titres, avant de remonter dès l’année suivante.
  • Neuf Scudetti consécutifs entre 2012 et 2020, sous Antonio Conte puis Massimiliano Allegri, record absolu en Serie A.
  • L’Allianz Stadium, ouvert en 2011 et propriété du club, a transformé l’économie de la Juventus.

Pour aller plus loin

Pour explorer le calcio italien dans son ensemble, on vous recommande nos papiers sur l’Inter Milan et la Grande Inter de Helenio Herrera, sur l’AS Roma et la Louve Capitoline, ainsi que sur le SSC Naples de Maradona au Scudetto 2023. Pour une vue transversale, notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A revient sur les pièces iconiques des clubs italiens.

Questions fréquentes

En quelle année la Juventus a-t-elle été fondée ?

La Juventus a été fondée le 1er novembre 1897 par des élèves du lycée Massimo d’Azeglio à Turin, sous le nom de Sport-Club Juventus. Les frères Eugenio et Enrico Canfari sont les principales figures à l’origine du projet.

Pourquoi la Juventus est-elle surnommée la Vecchia Signora ?

Le surnom “Vecchia Signora” (Vieille Dame) apparaît dans les années 1930, sans paternité claire. Il évoque l’élégance austère du club, son sérieux institutionnel et sa longévité au sommet du calcio. C’est aujourd’hui le surnom le plus utilisé par les supporters et les médias.

Combien de Scudetti la Juventus a-t-elle remportés ?

La Juventus compte 36 Scudetti officiellement reconnus par la Fédération italienne, ce qui en fait le club le plus titré du championnat. Deux titres lui ont été retirés dans le cadre de l’affaire Calciopoli (2004-2005 et 2005-2006).

Quand la Juventus a-t-elle remporté ses Ligues des Champions ?

La Juventus a remporté la Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1985 (finale du Heysel à Bruxelles, 1-0 contre Liverpool grâce à un penalty de Michel Platini), puis la Ligue des Champions en 1996 à Rome contre l’Ajax (1-1, victoire aux tirs au but).

Pourquoi la Juventus joue-t-elle en noir et blanc ?

En 1903, lassés des maillots roses qui se délavaient, les dirigeants envoient John Savage en Angleterre pour acheter de nouvelles tenues. Il choisit les rayures verticales noir et blanc de Notts County. Depuis cette saison 1903-1904, la Juventus n’a plus jamais quitté ces couleurs bianconere.

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