Le 4 mai 2023, à Udine, le SSC Naples remporte son troisième Scudetto. À Naples même, des centaines de milliers de personnes envahissent les rues, les places, les plages. Le Vésuve s’illumine de bleu azur. Trente-trois ans après le deuxième titre conquis avec Diego Armando Maradona, la ville retrouve son club au sommet de l’Italie. Cette ferveur, ce mélange de joie et de soulagement, traduit la singularité d’un club qui n’a jamais été comme les autres : Naples ne joue pas au football, Naples vit le football.
L’histoire du SSC Naples, c’est celle d’une rencontre entre un club et un mythe. De la fondation en 1926 à la faillite de 2004, de Maradona au triomphe de 2023, le club a toujours porté quelque chose de plus que des résultats sportifs : l’identité d’une ville du Sud, longtemps regardée de haut par le Nord industriel, et qui a trouvé dans le football un moyen d’affirmer son existence. Cet article retrace cette épopée, ses gloires et ses chutes, jusqu’aux Scudetti modernes sous De Laurentiis.
1926, la fusion fondatrice
Le SSC Naples voit le jour le 25 août 1926, fruit de la fusion entre Naples Foot-Ball Club (fondé en 1905 par un marin anglais nommé William Poths) et US Internazionale Napoli. La nouvelle entité, baptisée Associazione Calcio Napoli puis Società Sportiva Calcio Napoli, prend les couleurs azur et blanc, qui deviendront l’identité visuelle du club. Naples a déjà une tradition footballistique, mais entre dans une ère nouvelle avec ce club unifié.
Pendant les premières décennies, le Naples reste un club de milieu de tableau, sans titre majeur. Le Sud italien souffre d’un retard économique par rapport au Nord industriel, ce qui se traduit aussi sur le plan sportif : les clubs du Nord (Juventus, Milan, Inter, Torino) dominent largement le calcio. Naples doit se contenter de quelques bonnes saisons et d’une seule Coupe d’Italie en 1962.
L’arrivée de joueurs majeurs dans les années 70 (Antonio Juliano, José Altafini, Sívori) permet quelques saisons honorables, mais le titre reste hors de portée. Le club doit attendre les années 80, et l’arrivée d’un certain Diego Maradona, pour entrer dans une nouvelle dimension.
L’identité azzurra et le ciel napolitain
Les couleurs du SSC Naples sont l’azur et le blanc. L’azur, qui rappelle aussi celui de la Squadra Azzurra italienne, traduit selon les versions la couleur du ciel napolitain ou celle de la baie. Cette teinte particulière, plus claire que le bleu marine de l’Inter ou de la Lazio, donne au maillot napolitain une identité visuelle forte. Les surnoms du club, “Gli Azzurri” (les Bleus) et “I Partenopei” (les Parthénopéens, du nom antique de la ville), célèbrent ces deux dimensions : la couleur et la mythologie locale.
Cette identité napolitaine est inséparable de la culture de la ville. Naples, ville historique du royaume des Deux-Siciles, ancienne capitale médiévale, a toujours cultivé une fierté distincte du reste de l’Italie. Le club de football devient, au fil du XXe siècle, un vecteur central de cette identité. Les supporters napolitains se vivent comme une communauté à part, fière de sa singularité, parfois méprisée par le Nord et qui le rend bien.
Cette ferveur explique l’accueil hors normes réservé aux héros du club. Maradona deviendra l’objet d’un véritable culte religieux, avec un temple-musée dans le quartier des Quartieri Spagnoli, des autels improvisés dans les rues, et des fresques murales qui font aujourd’hui partie du patrimoine touristique de la ville.

L’arrivée de Maradona en 1984
Le 30 juin 1984, le SSC Naples annonce l’inimaginable : le transfert de Diego Armando Maradona, en provenance du FC Barcelone, pour environ 12 millions d’euros, record mondial de l’époque. L’Argentin, alors âgé de 23 ans, est déjà l’un des plus grands talents de la planète. Sa venue à Naples est un séisme.
Le 5 juillet 1984, Diego est présenté au Stadio San Paolo devant environ 75 000 supporters. Pour Maradona, le défi est immense : porter sur ses épaules un club qui n’a jamais remporté le championnat, dans une ville qui attend de lui ce qu’aucun joueur n’a jamais réussi auparavant. Pour Naples, l’ambition est démesurée : faire de Diego le héros qui mettra fin à la domination du Nord et offrira à la ville son premier titre national.
L’investissement est colossal pour un club qui n’a pas les moyens du Milan ou de la Juventus. Le président Corrado Ferlaino accepte de s’endetter pour réussir le coup, soutenu par des sponsors locaux. Cette audace financière, à la limite de la prudence, sera l’un des facteurs qui mèneront à la faillite du club une vingtaine d’années plus tard. Mais sportivement, le pari est gagné.
Les deux Scudetti et la Coupe UEFA 1989
Trois saisons sont nécessaires pour bâtir une équipe à la hauteur. Le 10 mai 1987, Naples remporte son premier Scudetto en battant la Fiorentina 1-1 (le point suffisant pour le titre) au Stadio San Paolo. Diego inscrit le but égalisateur. La ville explose. Selon plusieurs témoignages, des Napolitains célèbrent jusque dans les cimetières, en annonçant aux ancêtres : “Vous ne savez pas ce que vous avez raté.” Cette anecdote illustre la dimension presque sacrée prise par le titre.
L’équipe championne s’appuie sur un groupe solide autour de Maradona : Bruno Giordano et Careca en attaque, Ciro Ferrara et Alessandro Renica en défense, Salvatore Bagni au milieu. La même année, Naples remporte aussi la Coupe d’Italie, premier doublé de son histoire.

Deux ans plus tard, en 1989, Naples remporte la Coupe UEFA en battant le VfB Stuttgart 5-4 sur les deux matchs de finale. Le club ajoute ainsi un trophée européen à son palmarès, première (et longtemps seule) coupe continentale de son histoire. Puis, en 1990, deuxième Scudetto, conquis devant le Milan AC d’Arrigo Sacchi. Diego est au sommet de son art, sacré meilleur joueur de la Coupe du Monde 1986 avec l’Argentine, et soulève à nouveau le titre italien avec Naples.
La chute de Diego et le déclin du club
Mais l’apogée précède la chute. À l’été 1990, après la défaite de l’Argentine en finale de Coupe du Monde contre l’Allemagne, Maradona enchaîne les problèmes. La pression médiatique, les fréquentations douteuses (certains journaux italiens évoquent des liens avec la Camorra), les addictions personnelles le rattrapent. En mars 1991, un test antidopage révèle la présence de cocaïne dans son organisme. Suspension de 15 mois.
Diego ne reviendra jamais sous le maillot azur. Il quitte Naples en 1991 dans des conditions douloureuses. Le club, privé de son numéro 10, et endetté par les efforts financiers consentis pour bâtir cette équipe championne, entame une longue glissade. Plusieurs saisons en demi-teinte, descente en Serie B en 1998, puis nouveau retour en Serie A, mais sans jamais retrouver l’ambition des années Maradona.
Cette période est marquée par une instabilité chronique : présidents successifs, dettes croissantes, ventes des meilleurs joueurs. Le club survit en milieu de tableau, parfois en bas, et finit par s’effondrer financièrement en 2004.

2004, la faillite et la refondation
Le 2 août 2004, le SSC Naples est déclaré en faillite. Le club, qui croule sous les dettes (environ 70 millions d’euros), est placé sous administration judiciaire. Pour les supporters napolitains, c’est un trauma. Le club historique, celui de Maradona, semble disparaître. Mais une opportunité se présente.
Aurelio De Laurentiis, producteur de cinéma italien et passionné de football, rachète le club en septembre 2004 et le refonde sous le nom de “Napoli Soccer”. Le club doit repartir de Serie C1, plus bas niveau professionnel, avec une nouvelle gouvernance. En mai 2006, après une remontée méritée et un travail de reconstruction patient, le nom historique SSC Napoli est restauré. La saison suivante, retour en Serie A.
De Laurentiis impose une gestion rigoureuse : refus des transferts mirobolants, développement des jeunes talents, sponsoring local, équilibre financier strict. Le club devient un modèle de gestion en Italie, en complet contraste avec la dérive financière des années 90. Ce modèle finit par produire des résultats sportifs majeurs, à commencer par les saisons sous Maurizio Sarri.
L’ère Sarri et le record des 91 points
L’arrivée de Maurizio Sarri en 2015 marque un tournant. L’entraîneur toscan, ancien banquier devenu coach par passion tardive, impose un football offensif et fluide, basé sur des combinaisons rapides et un pressing organisé. Le “sarrismo” devient un courant tactique, étudié et imité, qui fait du Naples l’une des équipes les plus séduisantes d’Europe.
La saison 2017-2018 reste mythique : Naples termine deuxième de Serie A avec 91 points, record absolu pour un dauphin du championnat italien. Mais la Juventus, qui en obtient 95, conserve le titre. Cette désillusion, malgré une saison historique, marque la fin de l’ère Sarri qui rejoint Chelsea en mai 2018. Carlo Ancelotti puis Rino Gattuso lui succèdent, sans retrouver immédiatement le sommet.
Cette période voit aussi l’éclosion de plusieurs joueurs majeurs : Lorenzo Insigne, capitaine emblématique formé au club, Marek Hamšík le Slovaque détenteur du record de buts du club après Diego, Kalidou Koulibaly en défense centrale, José Callejón en attaque. Une génération qui aura porté le club très haut sans jamais soulever le Scudetto.
2023, le Scudetto historique de Spalletti
Luciano Spalletti prend les rênes du club à l’été 2021. L’entraîneur toscan, déjà passé par Naples au début des années 2000, hérite d’une équipe en transition après le départ de Gattuso. Sa première saison se solde par une troisième place, mais l’été 2022 transforme l’équipe : départ d’Insigne (États-Unis), Mertens (Galatasaray), Koulibaly (Chelsea), arrivée de Khvicha Kvaratskhelia (Géorgien venu du Dynamo Batumi) et de Kim Min-jae (Coréen défenseur central).
Personne n’attend Naples pour le titre. Pourtant, dès les premières journées, l’équipe impose un football enthousiasmant, porté par Victor Osimhen en attaque, Kvaratskhelia sur l’aile, Stanislav Lobotka au milieu. Le 4 mai 2023, à Udine, le match nul 1-1 suffit pour assurer mathématiquement le titre. Naples explose.
Le Scudetto 2023 est célébré comme un événement historique : 33 ans après Maradona, la ville retrouve son club champion. La saison suivante, Naples doit gérer le départ de Spalletti (parti à la sélection italienne) et de Kim Min-jae (Bayern Munich), mais conserve Osimhen et Kvaratskhelia. Sous Antonio Conte, arrivé en 2024, le club remporte un quatrième Scudetto en 2024-2025, confirmant durablement son statut retrouvé.
Le stade San Paolo, où Maradona avait été présenté en 1984, a été officiellement renommé Stadio Diego Armando Maradona en décembre 2020, peu après la mort de l’Argentin. L’enceinte, qui compte 54 732 places, reste l’un des temples de la ferveur footballistique européenne.
Pour aller plus loin sur le calcio italien, on a écrit un papier sur la Juventus et l’empire Agnelli, et sur l’AS Roma et la Louve.
Ce qu’il faut retenir
- Le SSC Naples a été fondé le 25 août 1926 par fusion de Naples FC (1905) et US Internazionale Napoli, aux couleurs azur et blanc.
- Maradona arrive en 1984 pour environ 12 millions d’euros (record mondial), accueilli par 75 000 supporters au Stadio San Paolo.
- Deux Scudetti sous Maradona : 1986-1987 (premier titre historique) et 1989-1990 (devant le Milan de Sacchi).
- Coupe UEFA 1989 contre Stuttgart (5-4 sur les deux matchs), seul trophée européen du club avant 2025.
- Faillite déclarée en août 2004, refondation par Aurelio De Laurentiis sous le nom Napoli Soccer puis SSC Napoli en 2006.
- Saison 2017-2018 sous Sarri : 91 points en Serie A, record pour un dauphin, mais titre conservé par la Juventus (95 points).
- Scudetto 2023 sous Spalletti, 33 ans après Maradona, célébré dans toute la ville comme un événement historique.
- Le stade San Paolo a été renommé Diego Armando Maradona en décembre 2020, après le décès de l’Argentin.
Pour aller plus loin
Pour explorer les autres grands du calcio italien, on vous recommande nos papiers sur la Juventus et la dynastie Agnelli, sur l’AS Roma et la Louve Capitoline, et sur le Milan AC de Sacchi à Maldini. Notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A revient sur les pièces iconiques du calcio, dont le maillot azur de Maradona à Naples.
Questions fréquentes
Quand le SSC Naples a-t-il été fondé ?
Le SSC Naples a été fondé le 25 août 1926, par la fusion de Naples Foot-Ball Club (créé en 1905 par le marin anglais William Poths) et US Internazionale Napoli. Le club a adopté les couleurs azur et blanc, qui sont restées son identité visuelle depuis.
Combien de Scudetti a remportés Naples avec Maradona ?
Diego Armando Maradona a remporté deux Scudetti avec le SSC Naples : 1986-1987 (premier titre de l’histoire du club) et 1989-1990. Il a également gagné la Coupe d’Italie 1987, la Coupe UEFA 1989 et la Supercoupe d’Italie 1990 sous le maillot azur.
Pourquoi le club a-t-il fait faillite en 2004 ?
Le SSC Naples a été déclaré en faillite le 2 août 2004 sous le poids d’environ 70 millions d’euros de dettes accumulées depuis les années 90. Le club a été refondé en septembre 2004 par Aurelio De Laurentiis, producteur de cinéma, qui l’a ramené en Serie A en 2007 avec une gestion rigoureuse.
Qui a entraîné Naples lors du Scudetto 2023 ?
Luciano Spalletti a entraîné le SSC Naples lors du Scudetto 2022-2023, conquis le 4 mai 2023 après un match nul 1-1 contre Udine. C’était le troisième titre du club, 33 ans après le dernier remporté sous Maradona en 1990. Spalletti est ensuite devenu sélectionneur de l’Italie en 2023.
Pourquoi le stade s’appelle-t-il Diego Armando Maradona ?
Le stade historiquement nommé San Paolo a été officiellement renommé Stadio Diego Armando Maradona en décembre 2020, peu après le décès de Diego le 25 novembre 2020 à l’âge de 60 ans. Cette décision rendait hommage au joueur qui a transformé le club et la ville dans les années 1980.
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