Le 7 juin 1927, à Rome, trois clubs sportifs (Roman FC, SS Alba-Audace et Fortitudo-Pro Roma SGS) fusionnent pour donner naissance à l’Associazione Sportiva Roma. L’initiative, portée par l’industriel Italo Foschi avec l’appui du régime fasciste, vise à créer un grand club romain capable de rivaliser avec les puissances du nord (Juventus, Inter, Milan). Une seule équipe romaine refuse la fusion : la Lazio, qui restera le rival historique. Le derby de la capitale est né en même temps que la Roma.
Près d’un siècle plus tard, l’AS Roma a remporté trois Scudetti, neuf Coupes d’Italie et la première édition de la Conference League en 2022. Mais le club est avant tout connu pour deux symboles : la Louve Capitoline (Lupa), héritée du mythe fondateur de Rome avec Romulus et Remus, et Francesco Totti, le Capitano, qui a passé toute sa carrière au club. Cet article retrace l’histoire de l’AS Roma, ses gloires, ses désillusions et son lien quasi charnel avec la Ville éternelle.

1927, la fusion qui donne naissance à la Roma
La création de l’AS Roma le 7 juin 1927 répond à un projet politique autant que sportif. Italo Foschi, dirigeant fasciste de la Fédération romaine de football, veut doter la capitale italienne d’un grand club, capable de défier les hégémonies du nord. Trois clubs romains acceptent de fusionner (Roman FC, Alba-Audace, Fortitudo), tandis que la Lazio refuse, préservant son indépendance historique.
Le nouveau club hérite d’une identité qu’il fabrique de toutes pièces. Les couleurs choisies, jaune et rouge (giallorossi), reprennent les couleurs municipales de Rome, offrant une légitimité immédiate aux yeux des Romains. L’écusson intègre dès l’origine la Louve Capitoline, symbole du mythe fondateur de la ville. La Roma se présente d’emblée comme “le” club de Rome, ce que la Lazio conteste évidemment.
Les premières années sont modestes. Le club évolue en première division, lutte pour le maintien plutôt que pour les titres, et n’attire pas immédiatement les grandes vedettes. Mais l’enracinement populaire est immédiat : la Roma devient rapidement le club préféré des Romains de la capitale, avec une base de supporters qui ne cessera de grandir.
La Louve, Romulus et l’identité romaine
Le symbole de l’AS Roma est l’un des plus reconnaissables du football mondial : la Lupa Capitolina, la Louve Capitoline qui allaite les jumeaux Romulus et Remus, fondateurs mythiques de Rome en 753 avant J.-C. Cette image, gravée sur des pièces romaines depuis l’Antiquité, est devenue l’emblème de la ville et, par extension, du club fondé en 1927.
Cette filiation symbolique entre le mythe fondateur de Rome et le club de football n’a pas d’équivalent dans le calcio italien. Les supporters de la Roma se vivent comme les héritiers d’une tradition millénaire, portée par leur ville. Cette identité forte structure une culture supportériste passionnée, parfois excessive, toujours fière. Les chants, les tifos, les drapeaux célèbrent autant le club que la ville et son histoire antique.
Le surnom “giallorossi” (jaune et rouges) vient des couleurs municipales de Rome, présentes sur les maillots depuis la fondation. Le club est aussi appelé “Magica Roma” par ses supporters, expression née d’un chant des années 80 qui exprime la magie ressentie face à l’équipe les soirs de grande forme.

1942, premier Scudetto en pleine guerre
Le premier Scudetto de l’AS Roma arrive en 1942, dans des circonstances particulières : la Seconde Guerre mondiale fait rage, les championnats sont perturbés, plusieurs joueurs sont mobilisés. La Roma de l’entraîneur hongrois Alfréd Schaffer, qui s’appuie sur une génération de joueurs italiens et des renforts comme le Brésilien Amadeo, remporte le titre devant le Torino. Ce premier Scudetto est célébré comme une consolation dans une période sombre, mais ne sera pas immédiatement suivi d’autres titres.
Pendant les décennies suivantes, la Roma alterne entre demi-saisons réussies et années de transition. Quelques figures émergent : Arcadio Venturi dans les années 50, Roberto Pruzzo et Bruno Conti dans les années 70 et 80. Le club gagne plusieurs Coupes d’Italie (notamment 1969), mais le sommet du championnat lui échappe pendant quarante ans.
Cette période est aussi marquée par l’enracinement progressif d’une rivalité féroce avec la Lazio, qui se traduit par des derbies particulièrement tendus. Le Derby della Capitale devient l’un des événements les plus attendus du calcio italien, avec une violence verbale (et parfois physique) qui distingue Rome des autres villes italiennes.
1983, le Scudetto de Liedholm
Quarante et un ans après le premier titre, la Roma remporte son deuxième Scudetto en 1983 sous la direction du Suédois Nils Liedholm. L’équipe, surnommée “Roma di Liedholm”, combine la classe brésilienne (Falcão, ange brésilien arrivé en 1980) et la rigueur italienne (Bruno Conti, Carlo Ancelotti, Roberto Pruzzo, Agostino Di Bartolomei). C’est l’une des plus belles équipes de l’histoire du club, célébrée encore aujourd’hui par les vétérans giallorossi.
Falcão, surnommé “le Huitième Roi de Rome” par les supporters, devient une icône instantanée. Sa technique brésilienne, son sens du jeu et son charisme transcendent le club. L’équipe développe un football offensif et spectaculaire, qui rompt avec la tradition italienne du catenaccio. Le Scudetto 1982-1983 est conquis avec quatre points d’avance sur la Juventus, ce qui était une marge considérable à l’époque.
Cette équipe sera également finaliste de la Coupe d’Europe l’année suivante, ce qui constitue le sommet et la blessure éternelle de l’histoire récente du club.
1984, la finale perdue contre Liverpool
Le 30 mai 1984, l’AS Roma dispute sa première et seule finale de Coupe d’Europe des Clubs Champions. Le match se joue au Stadio Olimpico de Rome, “à domicile” pour la Roma, contre Liverpool. Avantage théorique évident pour les Italiens. Mais le match se termine 1-1 après prolongation, et les tirs au but sourient aux Anglais 4-2.
L’élimination en finale, à domicile, devant les supporters giallorossi, reste l’une des plus grandes désillusions de l’histoire du club. Bruno Conti et Francesco Graziani manquent leurs tirs au but, alors que les Reds semblaient à portée. Cette finale 1984 est restée comme un trauma collectif, une occasion historique manquée que la Roma n’a jamais retrouvée par la suite.
Une autre finale européenne sera perdue par la Roma : la finale de Coupe UEFA 1991 contre l’Inter (1-2 sur les deux matchs). Le club retrouvera des finales européennes plus récemment, avec deux finales de Conference League (2022, victorieuse, et 2023, perdue contre Séville aux tirs au but). Mais le grand trophée européen majeur reste un rêve inachevé.

2001, Totti et le troisième Scudetto
Le troisième et dernier Scudetto de l’AS Roma est conquis en 2001, sous la direction de l’entraîneur italien Fabio Capello. L’équipe, ultra-talentueuse, s’appuie sur une ossature exceptionnelle : Francesco Totti en numéro 10, Cafú latéral droit, Vincent Candela à gauche, Walter Samuel et Aldair en charnière, Marco Delvecchio et le Brésilien Gabriel Batistuta en attaque. Le titre est conquis devant la Juventus, lors d’un dernier match au Stadio Olimpico contre Parme (3-1) qui reste l’une des plus grandes fêtes du club.
Francesco Totti, formé au club, devient le visage de la Roma moderne. Le Capitano joue 786 matchs sous le maillot giallorosso entre 1993 et 2017, soit 24 saisons, ce qui constitue un record absolu de longévité dans un grand club européen. Son numéro 10 n’a jamais été réattribué depuis sa retraite. Pour les supporters, Totti incarne l’âme romaine : un enfant du quartier qui a refusé tous les transferts mirobolants pour rester fidèle à son club.
Daniele De Rossi, formé également au club, lui succède au capitanat avec la même fidélité. Les deux compères ont symbolisé une époque où la Roma a frôlé plusieurs fois le titre sans jamais le reconquérir, perdant régulièrement face à la Juventus en fin de saison. Ces désillusions ont nourri une mythologie de la “Roma toujours seconde”, à la fois douce et amère.
2022, Mourinho et la Conference League
L’arrivée de José Mourinho en 2021 marque le retour d’un grand entraîneur sur le banc giallorosso. Le Portugais, déjà vainqueur de deux Ligues des Champions (avec Porto et l’Inter), apporte son aura, son sens de la communication et son obsession des trophées. Dès sa première saison, il offre à la Roma le premier trophée européen de son histoire : la Conference League 2022.
La finale du 25 mai 2022 à Tirana, en Albanie, oppose la Roma à Feyenoord Rotterdam. Nicolò Zaniolo inscrit l’unique but de la rencontre (1-0), et la Roma soulève le trophée devant des milliers de supporters giallorossi déplacés pour l’occasion. C’est le premier trophée européen majeur du club, plus de 90 ans après sa fondation.
L’année suivante, la Roma atteint la finale de la Ligue Europa 2023 contre le FC Séville à Budapest. Mais le rêve s’arrête aux tirs au but (1-1 après prolongation, 4-1 t.a.b. pour Séville). Mourinho quitte le club début 2024, après un nouveau cycle d’instabilité sportive et financière. Daniele De Rossi puis Claudio Ranieri puis Ivan Jurić se succèdent sur le banc, sans qu’une stabilité ne s’installe.
L’Olimpico et le projet de stade dédié
Le Stadio Olimpico, partagé avec la Lazio, accueille l’AS Roma depuis 1953. L’enceinte, construite pour les Jeux Olympiques de Rome 1960 et rénovée à plusieurs reprises (notamment pour la Coupe du Monde 1990), peut accueillir 70 643 spectateurs. C’est l’un des plus grands stades d’Italie et l’un des plus chargés en histoire, ayant accueilli des finales de Coupe du Monde, de Ligue des Champions et d’autres compétitions internationales.
Le partage avec la Lazio reste un sujet sensible. Les supporters des deux clubs revendiquent l’enceinte comme leur propre maison, notamment lors du Derby della Capitale. La curva Sud est traditionnellement giallorossa, la curva Nord laziale, mais les jours de derby ces tribunes changent partiellement de configuration.
Depuis plusieurs années, le club travaille sur un projet de stade dédié. Le projet Pietralata, validé en 2023, prévoit la construction d’un stade moderne dans le nord-est de Rome entre 2025 et 2028. Cette enceinte, propriété du club à l’image de l’Allianz Stadium turinois, devrait transformer durablement les revenus de la Roma et son ancrage urbain.
Pour aller plus loin sur le calcio italien, on a écrit un papier sur la Lazio Rome et le derby de la Capitale, ainsi que sur la Juventus, grand rival historique de la Roma.
Ce qu’il faut retenir
- L’AS Roma a été fondée le 7 juin 1927 par fusion de trois clubs romains (Roman FC, Alba-Audace, Fortitudo), à l’initiative d’Italo Foschi.
- La Lazio a refusé la fusion, ce qui explique l’existence de deux clubs majeurs à Rome et la rivalité du Derby della Capitale.
- L’écusson intègre la Louve Capitoline allaitant Romulus et Remus, symbole du mythe fondateur de Rome en 753 avant J.-C.
- Trois Scudetti seulement (1942, 1983, 2001), nettement moins que les puissances du nord.
- Finale de Coupe d’Europe 1984 perdue à domicile contre Liverpool aux tirs au but, trauma historique du club.
- Premier trophée européen en 2022 : Conference League gagnée contre Feyenoord à Tirana sous José Mourinho.
- Francesco Totti, Capitano emblématique : 786 matchs en 24 saisons, numéro 10 retiré du club.
- Stade Olimpico partagé avec la Lazio depuis 1953, projet de stade dédié à Pietralata pour 2025-2028.
Pour aller plus loin
Pour explorer les autres grands du calcio italien, on vous recommande nos papiers sur la Lazio Rome et le Derby della Capitale, sur la Juventus et l’empire Agnelli, et sur le SSC Naples de Maradona au Scudetto 2023. Notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A retrace les pièces iconiques du calcio, dont le maillot giallorosso porté par Totti et Falcão.
Questions fréquentes
Quand l’AS Roma a-t-elle été fondée ?
L’AS Roma a été fondée le 7 juin 1927 par la fusion de trois clubs romains : Roman FC, SS Alba-Audace et Fortitudo-Pro Roma SGS. L’initiative est portée par l’industriel Italo Foschi avec l’appui du régime fasciste, qui souhaitait doter la capitale d’un grand club face aux puissances du nord.
Pourquoi la Louve est-elle le symbole de l’AS Roma ?
La Louve Capitoline allaitant Romulus et Remus, fondateurs mythiques de Rome en 753 avant J.-C., figure sur l’écusson de la Roma depuis l’origine. Ce symbole inscrit le club dans la continuité du mythe fondateur de la Ville éternelle et lui donne une identité unique dans le calcio italien.
Combien de Scudetti l’AS Roma a-t-elle remportés ?
L’AS Roma compte trois titres de champion d’Italie : 1942 (en pleine guerre mondiale), 1983 sous Nils Liedholm avec Falcão, et 2001 sous Fabio Capello avec Totti, Cafú et Batistuta. La Roma a également remporté neuf Coupes d’Italie.
Qui est Francesco Totti ?
Francesco Totti, surnommé “Il Capitano”, est le joueur emblématique de l’AS Roma. Formé au club, il y a joué 786 matchs entre 1993 et 2017, soit 24 saisons. Son numéro 10 n’a jamais été réattribué depuis sa retraite. Champion du monde 2006 avec l’Italie, il incarne la fidélité totale au club et à la ville.
Quel est le palmarès européen de l’AS Roma ?
L’AS Roma a remporté la Conference League en 2022 (1-0 contre Feyenoord à Tirana) sous José Mourinho, son premier trophée européen majeur. Le club a perdu deux finales : Coupe d’Europe 1984 contre Liverpool aux tirs au but à domicile, et Ligue Europa 2023 contre Séville aux tirs au but également.
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