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Histoire Milan AC : de Kilpin à Sacchi, l’épopée rossonera

Le 18 décembre 1899, dans un café milanais, un Anglais expatrié nommé Herbert Kilpin fonde le Milan Foot-Ball and Cricket Club. Sa phrase, devenue mythique, résume tout : “Nous serons une équipe de diables. Nos couleurs seront rouges comme le feu et noires comme la peur que nous inspirerons à nos adversaires.” Le ton est donné. Plus de 125 ans plus tard, le Milan AC compte 19 Scudetti, sept Ligues des Champions et une réputation d’élégance tactique qui en fait l’un des clubs les plus titrés au monde.

L’histoire du Milan AC, c’est celle d’un club qui a su se réinventer plusieurs fois : de la naissance anglaise à l’ère Berlusconi, de Sacchi à Capello, d’Ancelotti aux propriétaires américains de RedBird Capital. Cet article retrace les grandes étapes du club rossonero, ses joueurs majeurs et les moments qui ont fait du Milan une référence du football mondial.

Kilpin et la fondation anglaise de 1899

Le Milan Foot-Ball and Cricket Club voit le jour le 18 décembre 1899, lors d’une réunion fondatrice à l’hôtel du Nord à Milan. Le club est l’œuvre d’un petit groupe d’Anglais expatriés et d’Italiens passionnés, mené par Herbert Kilpin, ouvrier textile anglais installé à Turin puis à Milan. Le nom anglais (Milan, et non Milano) est volontairement conservé jusqu’à aujourd’hui, en hommage à cette origine britannique.

Kilpin choisit les couleurs rouge et noir, qu’il associe au feu et à la peur. Le surnom “Diavolo” (Diable) découle de cette métaphore d’origine. Quant à “Rossoneri” (Rouges et Noirs), il s’impose naturellement comme dérivé des couleurs. Le club remporte son premier Scudetto dès 1901, devenant le premier champion d’Italie qui ne soit pas le Genoa.

Pendant deux décennies, le Milan reste une institution discrète, souvent dans l’ombre d’autres clubs italiens. La rivalité interne se cristallise en 1908, lors d’une scission qui va marquer durablement le football milanais et donner naissance à l’autre grand club de la ville.

1908, la scission qui donne naissance à l’Inter

Le 9 mars 1908, un groupe de membres du Milan AC quitte le club après un désaccord sur le recrutement de joueurs étrangers. Les dissidents, plus ouverts à l’internationalisation, fondent ce jour-là le Football Club Internazionale Milano, l’Inter Milan, dont le nom même affirme cette ouverture cosmopolite. Le derby de Milan, qui sera plus tard surnommé Derby della Madonnina, naît ainsi d’une querelle d’identité.

Cette scission produit des conséquences durables. Pendant des décennies, le Milan AC sera identifié à la classe ouvrière de Milan (les “casciavid”, littéralement “tournevis”), tandis que l’Inter sera vu comme le club de la bourgeoisie (les “bauscia”, “fanfarons”). Ces représentations sociales se sont largement effacées aujourd’hui, mais elles ont structuré l’identité des supporters pendant tout le XXe siècle.

Le premier derby officiel a lieu le 10 janvier 1909 en Prima Categoria, et le Milan l’emporte 3-2. Depuis, plus de 240 derbies officiels ont été disputés, avec un léger avantage statistique à l’Inter, mais avec des sommets émotionnels qui sont au cœur de l’histoire des deux clubs.

San Siro, stade du Milan AC
San Siro, stade du Milan AC

L’ère Nereo Rocco et la première Coupe d’Europe

Après une longue traversée du désert (le Milan ne remporte que trois Scudetti entre 1908 et 1950), le club retrouve la lumière dans les années 1950 avec une équipe portée par les Suédois Gunnar Nordahl, Gunnar Gren et Nils Liedholm (le fameux trio “Gre-No-Li”), puis par José Altafini dans les années 60. La grande date est 1963 : le Milan remporte sa première Coupe d’Europe des Clubs Champions à Wembley contre Benfica (2-1), avec un doublé d’Altafini.

L’entraîneur Nereo Rocco, originaire de Trieste, devient le premier grand stratège du club. Il pose les bases du “catenaccio” italien, avec un libéro placé derrière la défense, et impose une rigueur tactique nouvelle. Le Milan remporte deux Scudetti et deux Coupes d’Europe sous sa direction (1963 et 1969), cette dernière obtenue à Madrid contre l’Ajax 4-1, avec un triplé de Pierino Prati.

Cette période milanaise est aussi marquée par la figure de Gianni Rivera, élégant numéro 10 surnommé “il Bambino d’oro” (l’enfant d’or), qui passera 19 saisons au club et remportera le Ballon d’Or en 1969, premier Italien à recevoir ce trophée. Le Milan termine la décennie comme l’un des grands d’Europe, mais une décennie 70 difficile suivra, ponctuée par un scandale de paris en 1980 (Totonero) qui enverra le club en Serie B pour la première fois.

Berlusconi rachète le club en 1986

Le 20 février 1986, un homme d’affaires turinois nommé Silvio Berlusconi rachète le Milan AC alors au bord de la faillite. Le futur Premier ministre italien, alors patron du groupe média Mediaset, voit dans le club un actif stratégique pour développer son empire. Il y injecte des moyens considérables et impose une vision ambitieuse : faire du Milan AC le meilleur club du monde.

Pour réaliser ce projet, Berlusconi débauche un jeune entraîneur peu connu, Arrigo Sacchi, qui dirige Parme en Serie B. Le pari est audacieux : Sacchi n’a jamais entraîné en Serie A. Mais Berlusconi parie sur une vision tactique novatrice, basée sur le pressing haut, le bloc compact et la circulation rapide du ballon. Cette nomination, en 1987, marque le début de l’ère la plus glorieuse du Milan AC.

Berlusconi restera président du club pendant 31 ans, jusqu’en 2017, ce qui en fait l’une des plus longues présidences du football mondial. Sa gestion, à la fois mécène et entrepreneuriale, a profondément transformé l’identité du club et reste un modèle pour beaucoup d’investisseurs dans le football contemporain.

Sacchi et le trio néerlandais

Sacchi recrute en 1987 et 1988 trois joueurs qui vont entrer dans la légende : Ruud Gullit, Marco van Basten et Frank Rijkaard. Ce trio néerlandais, qui formait déjà l’ossature de l’équipe nationale championne d’Europe en 1988, devient l’âme de l’équipe milanaise. Combiné aux Italiens Paolo Maldini, Franco Baresi, Alessandro Costacurta et Carlo Ancelotti, l’effectif est l’un des plus impressionnants jamais réunis.

Les résultats sont immédiats. Premier Scudetto en 1988 après neuf ans de disette. Mais c’est en Coupe d’Europe que le Milan fait basculer son histoire. En 1989, à Barcelone, victoire écrasante 4-0 contre le Steaua Bucarest avec un doublé de Gullit et un doublé de Van Basten. L’année suivante, en 1990, deuxième Coupe d’Europe consécutive contre Benfica (1-0 à Vienne). Le Milan AC est à nouveau le maître de l’Europe.

Sacchi quitte le club en 1991 pour prendre la sélection italienne, mais son héritage tactique perdure. Il a posé les bases d’un football moderne, par sa rigueur, son intensité physique, sa lecture du jeu en bloc. Pep Guardiola, des années plus tard, reconnaîtra explicitement l’influence de Sacchi sur sa propre vision du football.


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Capello et les 58 matchs sans défaite

Fabio Capello succède à Sacchi en 1991 et prolonge la domination. Sous sa direction, le Milan réalise un exploit historique : 58 matchs consécutifs sans défaite en Serie A entre 1991 et 1993, record absolu du championnat italien. Trois Scudetti consécutifs (1991-1992, 1992-1993, 1993-1994) renforcent l’image d’invincibilité de l’équipe.

Le sommet de cette ère reste la finale de Ligue des Champions 1994 à Athènes contre le FC Barcelone de Johan Cruyff. Le Milan, qui n’était pourtant pas favori, écrase la Dream Team catalane 4-0, avec un doublé de Daniele Massaro et des buts de Dejan Savićević et Marcel Desailly. Cette finale reste l’une des plus grandes démonstrations tactiques jamais offertes en finale européenne.

Capello quitte le club en 1996 pour le Real Madrid, et le Milan traverse plusieurs saisons en demi-teinte. Le retour au sommet viendra en 2001 avec l’arrivée d’un autre maître de la tactique italienne : Carlo Ancelotti.

Ancelotti, Maldini et les nuits d’Istanbul

Carlo Ancelotti, ancien milieu de Sacchi, prend les rênes du club en 2001. Il y reste huit saisons et y construit une équipe à son image : équilibrée, technique, redoutable en compétition européenne. Avec Andrea Pirlo en milieu de terrain reculé (poste qu’Ancelotti a inventé pour lui), Andriy Shevchenko devant, Kaká comme meneur de jeu et la défense Maldini-Nesta-Stam, le Milan retrouve la grandeur.

Première Ligue des Champions sous Ancelotti en 2003 : finale à Old Trafford contre la Juventus, 0-0, victoire aux tirs au but. Puis, en 2007, deuxième titre européen contre Liverpool à Athènes (2-1, doublé de Filippo Inzaghi), revanche de la finale d’Istanbul 2005 où le Milan avait perdu après avoir mené 3-0 à la mi-temps face aux Reds, dans l’un des plus grands retournements de l’histoire de la compétition.

Paolo Maldini, capitaine emblématique, prend sa retraite en 2009 après 25 saisons au club et 902 matchs disputés, record absolu. Son numéro 3 est retiré, attendant qu’un de ses fils ne le porte un jour (son fils Daniel jouera bien au club, mais sous un autre numéro). Cette fidélité d’un quart de siècle reste un symbole de ce que représente le Milan pour ses joueurs historiques.

Le Milan AC, multiple champion d'Europe
Le Milan AC, multiple champion d’Europe

San Siro, cathédrale du calcio milanais

Le stade San Siro, officiellement nommé Giuseppe Meazza depuis 1980 (en hommage au légendaire attaquant inter-milanais), est partagé entre le Milan AC et l’Inter depuis 1947. Construit en 1926 à l’initiative de Piero Pirelli, alors président du Milan, l’enceinte a connu plusieurs agrandissements pour atteindre aujourd’hui une capacité de 75 817 places en configuration limitée et 80 018 en maximum.

San Siro est devenu une icône de l’architecture sportive mondiale, avec ses tours en spirale ajoutées dans les années 80 pour la Coupe du Monde 1990. Le projet de démolition-reconstruction discuté depuis plusieurs années n’a pas encore abouti, et l’enceinte continue d’accueillir derbies, finales et soirées européennes mythiques. Pour le supporter milanais, San Siro reste la “Scala du calcio”, lieu sacré du football italien.

Pour comprendre la rivalité historique entre les deux clubs milanais, on a écrit un papier sur le Derby della Madonnina et ses 240 confrontations. Et pour la suite de l’histoire du calcio, notre papier sur les 125 ans de la Juventus revient sur le grand rival du Milan dans la course aux Scudetti.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Milan AC a été fondé le 18 décembre 1899 par l’Anglais Herbert Kilpin, qui a choisi les couleurs rouge et noir.
  • L’orthographe “Milan” (et non “Milano”) est conservée jusqu’à aujourd’hui en hommage aux origines anglaises du club.
  • Le 9 mars 1908, une scission interne donne naissance à l’Inter Milan, créant la rivalité historique du Derby della Madonnina.
  • Sept Coupes d’Europe ou Ligues des Champions : 1963, 1969, 1989, 1990, 1994, 2003, 2007, soit le deuxième palmarès européen historique.
  • Sous Sacchi (1987-1991), le trio néerlandais Gullit-Van Basten-Rijkaard remporte deux Coupes d’Europe consécutives.
  • Capello (1991-1996) signe 58 matchs sans défaite en Serie A et écrase le Barça 4-0 en finale de C1 1994.
  • Berlusconi a présidé le club pendant 31 ans (1986-2017), avant la cession à Elliott Management puis RedBird Capital en 2022.
  • Paolo Maldini, capitaine emblématique, a disputé 902 matchs en 25 saisons sous le maillot rossonero.

Pour aller plus loin

Pour explorer les autres grands du calcio, lisez nos papiers sur l’Inter Milan et la Grande Inter, sur la Juventus et l’empire Agnelli, et sur le Derby della Madonnina. Notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A revient sur les pièces iconiques du calcio italien, dont le maillot rossonero porté par Maldini, Baresi et Van Basten.

Questions fréquentes

Qui a fondé le Milan AC ?

Le Milan AC a été fondé le 18 décembre 1899 par Herbert Kilpin, un Anglais expatrié installé à Milan, accompagné d’un petit groupe d’Anglais et d’Italiens passionnés de football. Kilpin a choisi les couleurs rouge et noir, et le nom Milan Foot-Ball and Cricket Club.

Pourquoi le club s’écrit Milan et non Milano ?

Le club a conservé l’orthographe anglaise de la ville en hommage à sa fondation par l’Anglais Herbert Kilpin. C’est l’une des rares exceptions dans le football italien, où la plupart des clubs ont adopté l’orthographe italienne de leur ville.

Combien de Ligues des Champions le Milan AC a-t-il remportées ?

Le Milan AC compte sept Coupes d’Europe ou Ligues des Champions, gagnées en 1963, 1969, 1989, 1990, 1994, 2003 et 2007. C’est le deuxième palmarès européen historique derrière le Real Madrid et à égalité avec le Liverpool FC.

Qui était Arrigo Sacchi ?

Arrigo Sacchi a été l’entraîneur du Milan AC de 1987 à 1991. Il a révolutionné la tactique italienne avec son pressing haut, son bloc compact et la circulation rapide du ballon. Sous sa direction, le Milan a remporté deux Coupes d’Europe consécutives en 1989 et 1990 grâce notamment au trio néerlandais Gullit-Van Basten-Rijkaard.

Pourquoi le stade s’appelle-t-il San Siro ?

Le stade tient son nom du quartier de Milan où il a été construit en 1926. Officiellement renommé Giuseppe Meazza en 1980 en hommage au légendaire attaquant qui a joué aux deux clubs milanais, l’enceinte est partagée entre le Milan AC et l’Inter depuis 1947 et compte aujourd’hui 75 817 places.

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