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Finale Istanbul 2005 : Liverpool-Milan, le miracle complet

25 mai 2005, Atatürk Olympic Stadium d’Istanbul, finale de la Ligue des Champions. À la mi-temps, le Milan AC mène 3-0 face à Liverpool. Tout le stade italien chante déjà la victoire. Sur le banc des Reds, Rafael Benítez change l’échiquier tactique et fait entrer Dietmar Hamann. Six minutes au retour des vestiaires, Liverpool a égalisé. Deux heures plus tard, les supporters anglais soulèvent leur cinquième Coupe d’Europe. Cette finale d’Istanbul 2005 reste, vingt ans plus tard, le plus grand retournement jamais vu dans une finale européenne majeure.

Voici le récit complet de cette nuit unique : le contexte, le scénario du match, les acteurs, la séance de tirs au but, l’héritage. Pour comprendre ce que représente cette victoire pour Liverpool et pour le foot mondial, il faut entrer dans le détail des minutes qui ont basculé entre la 54e et la 60e, puis dans la prolongation et la séance qui ont scellé le miracle.

Le contexte : Liverpool en outsider face au Milan

L’équipe Liverpool 2004-2005 n’était pas un favori de la Ligue des Champions. Cinquième en Premier League cette saison-là, à 37 points du champion Chelsea, le club a même failli ne pas se qualifier pour la phase de groupes. Le but tardif de Steven Gerrard contre Olympiakos en décembre 2004 (3-1 à Anfield) avait permis aux Reds de passer in extremis. Personne ne donnait Liverpool capable d’aller jusqu’au bout.

Pourtant, Rafael Benítez, l’entraîneur espagnol arrivé l’été précédent en provenance de Valence, avait construit un parcours européen solide. Liverpool avait éliminé en quart le Bayer Leverkusen (3-1, 1-3), puis la Juventus en quart de finale (2-1, 0-0), enfin Chelsea en demie dans une double confrontation très tendue (0-0 à Stamford Bridge, 1-0 à Anfield grâce à un but de Luis García contesté).

Face au Milan AC, l’écart sportif paraissait considérable. Les Italiens, entraînés par Carlo Ancelotti, alignaient une équipe pleine de stars : Maldini en défense, Cafu, Stam, Gattuso et Pirlo au milieu, Seedorf, Kaká et Shevchenko en attaque. Champions d’Europe en 2003 et finalistes de la Coppa Italia, ils étaient les favoris incontestables de la finale.

L’Atatürk Olympic Stadium et l’invasion rouge

L’Atatürk Olympic Stadium, situé à 25 km du centre d’Istanbul, accueille la finale 2005. C’est un stade neuf, inauguré en 2002, doté d’une capacité de 75 145 places mais dont seulement 69 000 places sont disponibles ce soir-là pour des raisons de sécurité. L’accès au stade est compliqué : peu de transports en commun, des routes saturées, des supporters bloqués pendant des heures dans les bus.

Liverpool a vendu ses 20 000 places allouées en quelques jours. Une véritable invasion rouge prend Istanbul d’assaut, des bars du quartier de Taksim aux abords du Bosphore. Le hooliganisme craint par les autorités turques n’a pas lieu : les supporters Reds, à l’image de la culture du club, restent festifs et disciplinés. Plusieurs estiment qu’ils étaient en réalité 30 000 à 40 000 dans la ville, certains ayant fait le voyage sans billet.

Le coup d’envoi est donné à 21h45 heure locale, soit 19h45 à Liverpool. L’arbitre est l’Espagnol Manuel Mejuto González. Carlo Ancelotti aligne son habituel “sapin de Noël” en 4-3-2-1, avec Crespo et Shevchenko devant Kaká. Benítez choisit un 4-4-1-1 avec Steven Gerrard derrière Milan Baroš, avec Luis García en faux ailier droit.

Steven Gerrard et la victoire d'Istanbul 2005
Steven Gerrard et la victoire d’Istanbul 2005

Première mi-temps : 3-0 et le rouleau compresseur Milan

La 1re minute est restée dans toutes les mémoires. Sur un coup franc tiré par Pirlo sur le côté droit, Paolo Maldini se porte à 25 mètres et reprend le ballon de volée du pied droit. La frappe entre dans la lucarne de Jerzy Dudek. 1-0 pour le Milan AC après 50 secondes de jeu. C’est le but le plus rapide jamais marqué en finale de Ligue des Champions à cette date.

Liverpool est sonné. Le Milan domine sans partage. Kaká orchestre, Shevchenko fait jouer la profondeur, Crespo finit. À la 39e minute, le Brésilien double la mise : sur une remise de Shevchenko, il glisse le ballon entre les jambes de Dudek (2-0). À la 44e, alors qu’on pense la première mi-temps finie, Kaká envoie un ballon en cloche par-dessus la défense pour Crespo, qui le lobe d’une talonnade au-dessus du gardien polonais. 3-0 à la mi-temps. La finale semble pliée.

Dans le tunnel qui mène aux vestiaires, plusieurs joueurs italiens commentent déjà la victoire. Côté Liverpool, c’est la consternation. Mais quelque chose d’inattendu se passe dans les tribunes : les supporters Reds ne se taisent pas. Au contraire, ils entonnent “You’ll Never Walk Alone” pendant la mi-temps entière. La chanson résonne dans tout le stade pendant quinze minutes.

La mi-temps : Benítez change tout

Dans le vestiaire de Liverpool, Rafael Benítez ne crie pas. Il prend son tableau noir, dessine un nouveau schéma. Il fait entrer Dietmar Hamann, milieu défensif allemand de poche, à la place de Steve Finnan, latéral droit (qui jouait blessé). Le système passe en 3-5-2 avec Hamann en sentinelle devant la défense. Cette modification tactique va tout changer.

Benítez explique en quelques minutes : Hamann doit verrouiller Kaká, l’organisateur milanais. Vladimír Šmicer entre également pour soutenir Gerrard et Riise. L’idée est de créer un milieu à quatre voire cinq joueurs pour étouffer la créativité italienne. Liverpool revient sur la pelouse avec un dispositif radicalement différent, sans que le Milan ne s’en rende compte tout de suite.

Le retour des vestiaires va être l’un des plus fous de l’histoire du foot. Tout va basculer en six minutes, entre la 54e et la 60e.

Six minutes folles : 3-3 entre la 54e et la 60e

54e minute. John Arne Riise centre du pied gauche depuis l’aile gauche. Steven Gerrard surgit au deuxième poteau et place une tête plongeante imparable pour Dida. 3-1. Le capitaine de Liverpool lève les bras pour mobiliser ses supporters. Le stade tout entier se réveille.

56e minute. À peine deux minutes plus tard. Smicer récupère un ballon à 25 mètres et tente une frappe enroulée du pied droit. Le ballon trompe Dida sur sa droite et trouve le fond des filets. 3-2. L’incroyable est en marche. Le Milan paraît tétanisé. Liverpool repart à l’assaut.

60e minute. Sur une accélération côté gauche, Gerrard est fauché dans la surface par Gattuso. Penalty. Xabi Alonso s’avance, frappe à la droite de Dida qui repousse le tir, mais l’Espagnol surgit le premier sur le ballon et le pousse au fond du but. 3-3. En six minutes, Liverpool a égalisé une finale qu’il perdait 3-0 à la mi-temps. Aucune équipe n’a jamais réalisé cela en finale de Ligue des Champions, ni avant ni depuis.

Le stade Ataturk, lieu de la finale 2005
Le stade Ataturk, lieu de la finale 2005

La prolongation et la double parade de Dudek

Le score n’évolue plus pendant les 30 dernières minutes du temps réglementaire, malgré quelques occasions de chaque côté. Place à la prolongation, jouée sous une chaleur étouffante (même en mai, l’air d’Istanbul reste lourd). Les jambes lourdes, les deux équipes avancent prudemment.

117e minute. Le Milan obtient une dernière occasion. Serginho centre du pied gauche depuis la touche, Andriy Shevchenko reprend de la tête à six mètres : Dudek dévie le ballon sur le poteau. Le ballon revient à Shevchenko, qui contrôle et tire à bout portant : Dudek, déjà à terre, sort sa main droite et dévie miraculeusement le ballon par-dessus la transversale. Cette double parade, baptisée “the save” par les commentateurs, restera l’un des arrêts les plus mythiques de l’histoire du foot. Sans elle, Liverpool perdait dans les arrêts de jeu.

La fin de la prolongation est sifflée à 3-3. Place à la séance de tirs au but, à 1h du matin heure locale. Steven Gerrard et Carlo Ancelotti désignent leurs tireurs. Côté Liverpool, le premier tireur sera Hamann, blessé au pied mais désigné pour son sang-froid. Côté Milan, c’est Serginho qui ouvre la séance.

La séance de tirs au but tireur par tireur

1er tireur Milan : Serginho. Sa frappe passe au-dessus de la transversale. Échec. 0-0.

1er tireur Liverpool : Hamann. Il marque calmement à mi-hauteur. 0-1.

2e tireur Milan : Pirlo. Il tire à droite de Dudek, qui plonge bien et stoppe le ballon. Échec. 0-1.

2e tireur Liverpool : Cissé. Il marque puissamment au centre. 0-2.

3e tireur Milan : Tomasson. Il marque à droite de Dudek. 1-2.

3e tireur Liverpool : Riise. Il tire à droite de Dida, qui plonge bien et stoppe le ballon. Échec. 1-2.

4e tireur Milan : Kaká. Il marque calmement à gauche. 2-2.

4e tireur Liverpool : Šmicer. Il marque sec à gauche de Dida. 2-3.

5e tireur Milan : Shevchenko. Pour égaliser, le Ballon d’Or doit marquer. Il choisit une frappe centrale à mi-hauteur, mais Dudek, qui faisait des grimaces et des gestes désordonnés, dévie miraculeusement le ballon des deux mains. Échec. Liverpool gagne 3-2 aux tirs au but.

Sur la pelouse, Steven Gerrard tombe à genoux. Dudek est porté en triomphe par ses coéquipiers. Les 30 000 supporters Reds entonnent un “You’ll Never Walk Alone” qui restera dans tous les souvenirs de ceux qui étaient présents. Carlo Ancelotti, sur le banc, se prend la tête entre les mains. Le Milan a perdu une finale qu’il pensait gagnée à la mi-temps.

Liverpool, vainqueur apres 0-3 a la mi-temps
Liverpool, vainqueur apres 0-3 a la mi-temps

L’héritage : la cinquième étoile pour toujours

Cette victoire offre à Liverpool sa cinquième Coupe d’Europe (après 1977, 1978, 1981, 1984). Selon le règlement de l’UEFA en vigueur à l’époque, un club qui remporte cinq fois la compétition gagne le droit de conserver le trophée à perpétuité et de coudre une étoile sur son maillot. Liverpool est le premier club à bénéficier de cette règle, juste avant qu’elle soit modifiée.

Sur le plan sportif, le miracle d’Istanbul ne lance pas un cycle dominant pour Liverpool en championnat (les Reds ne remporteront la Premier League qu’en 2020), mais consolide leur identité européenne. Le club retrouve une finale en 2007 (perdue contre le Milan AC à Athènes, revanche italienne) et une autre en 2018 (perdue contre le Real Madrid à Kiev), avant la victoire de 2019 à Madrid contre Tottenham.

Pour les acteurs, Istanbul est une consécration personnelle. Steven Gerrard est élu meilleur joueur de la finale, et certainement de cette saison européenne. Jerzy Dudek devient une légende vivante d’Anfield malgré une carrière en demi-teinte par la suite. Rafael Benítez restera à Liverpool jusqu’en 2010, sans gagner la Premier League mais en consolidant ce statut européen. Pour l’histoire complète du club Liverpool, on a écrit un papier dédié qui replace Istanbul dans la longue épopée des Reds.

Ce qu’il faut retenir

  • La finale Liverpool-Milan AC s’est jouée le 25 mai 2005 à l’Atatürk Olympic Stadium d’Istanbul, devant 69 000 spectateurs.
  • Score final : 3-3 après prolongations, Liverpool gagne 3-2 aux tirs au but.
  • Buts Milan : Maldini (1re), Crespo (39e et 44e). Buts Liverpool : Gerrard (54e), Šmicer (56e), Alonso (60e sur penalty arrêté puis poussé).
  • Liverpool était mené 3-0 à la mi-temps avant d’égaliser en six minutes au retour des vestiaires (54e à 60e).
  • Jerzy Dudek a réalisé une double parade décisive contre Shevchenko à la 117e minute, puis arrêté les tirs au but de Pirlo et Shevchenko.
  • Aux tirs au but : Serginho et Pirlo (échec) puis Kaká et Tomasson (réussite) côté Milan ; Hamann, Cissé et Šmicer (réussite), Riise (échec) côté Liverpool.
  • C’est la 5e Coupe d’Europe de Liverpool, qui a obtenu le droit de conserver le trophée à perpétuité.

Pour aller plus loin

Pour explorer plus en détail l’univers Liverpool, on vous recommande nos papiers sur l’histoire complète du club, sur l’histoire du maillot rouge des Reds, et sur l’origine de You’ll Never Walk Alone, l’hymne entonné en boucle dans le tunnel d’Istanbul. Notre papier sur le triplé Manchester United 1999 revient sur l’autre grand renversement européen anglais.

Questions fréquentes

Quel était le score à la mi-temps de la finale d’Istanbul 2005 ?

À la mi-temps de Liverpool-Milan, le score était de 3-0 pour le Milan AC. Maldini avait ouvert dès la 1re minute, Crespo avait doublé la mise à la 39e puis aggravé à la 44e. La finale semblait jouée. Liverpool a égalisé en six minutes au retour des vestiaires (54e à 60e).

Qui a marqué les buts pour Liverpool ?

Steven Gerrard a marqué de la tête à la 54e (centre de Riise), Vladimír Šmicer a égalisé à 3-2 à la 56e d’une frappe enroulée, et Xabi Alonso a marqué à la 60e en poussant au fond le ballon de son penalty repoussé par Dida (faute de Gattuso sur Gerrard).

Comment s’est déroulée la séance de tirs au but ?

Liverpool a gagné 3-2 aux tirs au but. Côté Milan : Serginho a tiré au-dessus, Pirlo a vu son tir arrêté par Dudek, Tomasson et Kaká ont marqué, Shevchenko a vu sa frappe arrêtée par Dudek. Côté Liverpool : Hamann, Cissé et Šmicer ont marqué, Riise a vu son tir arrêté par Dida.

Qui était l’entraîneur de Liverpool en 2005 ?

Rafael Benítez, technicien espagnol arrivé à Liverpool à l’été 2004 en provenance de Valence. C’est lui qui a opéré le changement tactique décisif à la mi-temps, en faisant entrer Dietmar Hamann en milieu défensif pour neutraliser Kaká, et en passant à un système 3-5-2.

Pourquoi Liverpool a-t-il pu garder le trophée ?

Selon le règlement UEFA en vigueur en 2005, un club qui remportait cinq Coupes d’Europe gagnait le droit de conserver le trophée original à perpétuité et de coudre une étoile sur son maillot. La victoire d’Istanbul (5e couronne, après 1977, 1978, 1981, 1984) a permis à Liverpool d’en bénéficier.

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