En octobre 1886, des ouvriers de l’arsenal royal de Woolwich, dans le sud-est de Londres, créent une équipe de foot baptisée Dial Square. Ils sont armuriers, fabricants de canons et de munitions, d’où le surnom “Gunners” qui restera attaché au club pendant toute son histoire. Cent quarante ans plus tard, Arsenal joue dans le nord de Londres, dans un stade ultramoderne de 60 000 places, et fait partie des dix clubs les plus valorisés du monde.
L’histoire d’Arsenal, c’est celle d’une migration géographique unique en Premier League : seul grand club anglais à avoir traversé Londres pour aller s’installer ailleurs. C’est aussi l’histoire d’un palmarès national impressionnant (13 titres de champion, record de 14 FA Cups), de deux entraîneurs visionnaires (Herbert Chapman dans les années 1930, Arsène Wenger entre 1996 et 2018), et d’une équipe légendaire, les Invincibles 2003-2004, restée invaincue toute une saison de Premier League.

1886, les artilleurs de Woolwich créent Dial Square
Tout commence en octobre 1886 dans le sud-est de Londres, à Woolwich, près d’une usine d’armement appartenant à la couronne. Des ouvriers, dont David Danskin et Jack Humble, mettent en commun leur intérêt pour le foot et créent une équipe baptisée Dial Square. Le premier match se joue contre Eastern Wanderers et se solde par une victoire 6-0.
Le club est rebaptisé Royal Arsenal en janvier 1887, en hommage à l’usine d’armement qui emploie ses joueurs. En 1891, il devient Woolwich Arsenal et se professionnalise. C’est le premier club professionnel du sud de l’Angleterre, à une époque où le foot pro est dominé par le nord et le centre du pays. En 1893, il rejoint la Football League et joue ses matchs au Manor Ground, à Plumstead.
Les premières années sont financièrement difficiles. Les déplacements vers le nord du pays coûtent cher, l’attractivité commerciale est faible, et le club frôle la faillite à plusieurs reprises. C’est cette précarité qui va pousser les nouveaux propriétaires, en 1913, à prendre une décision aussi radicale qu’inédite dans le foot anglais.
1913, le grand déménagement vers le nord de Londres
En 1910, Henry Norris, homme d’affaires et politicien londonien, prend le contrôle d’un Woolwich Arsenal au bord de la liquidation. Il fait un constat simple : le club ne sera jamais rentable à Woolwich, trop excentré, trop loin du cœur économique de Londres. Sa décision est sans précédent : déménager au nord de la Tamise, dans le quartier d’Highbury, en plein cœur de la capitale.
Le nouveau stade, Arsenal Stadium (plus connu sous le nom Highbury), est construit sur un terrain loué à un séminaire catholique. Le déménagement se fait à l’été 1913. Les supporters de Tottenham, basés tout proches dans le nord de Londres, sont furieux : ils considèrent que le club d’un autre quartier vient piétiner leur territoire. Cette rivalité, le North London Derby, naît à ce moment-là et reste l’une des plus intenses du foot anglais.
En 1914, le club abandonne définitivement le préfixe “Woolwich” pour ne plus s’appeler que “Arsenal Football Club”. Le surnom “Gunners” reste, en hommage aux origines artillères. La transition est un succès : Arsenal trouve enfin un public stable et des recettes suffisantes pour grandir. Reste à conquérir un palmarès. Pour cela, il faudra l’arrivée d’un homme qui va tout révolutionner.
Herbert Chapman, le sorcier des années 1930
En 1925, Herbert Chapman quitte Huddersfield Town, qu’il vient de mener à deux titres consécutifs, pour devenir manager d’Arsenal. Il a 47 ans, des idées tranchées, et une réputation d’innovateur. Il restera neuf ans au club, jusqu’à sa mort prématurée en 1934, et y posera les bases de tout le foot moderne.
Chapman invente le numéro de maillot, qu’il impose en 1928. Il propose le projecteur sur les stades, les arbitres en blanc, le ballon blanc, et obtient même que la station de métro la plus proche de Highbury soit rebaptisée “Arsenal” (encore aujourd’hui le seul club anglais à avoir une station portant son nom). Sur le plan tactique, il développe le “WM” (3-2-2-3), formation révolutionnaire qui va dominer le foot anglais jusque dans les années 1950.
Sur le terrain, le palmarès suit. Arsenal remporte cinq titres de champion d’Angleterre dans les années 1930 (1931, 1933, 1934, 1935, 1938) et deux FA Cups (1930, 1936). Chapman meurt brutalement d’une pneumonie en janvier 1934, à 55 ans, en pleine saison. Le club lui doit son ascension dans la cour des grands. Un buste à son effigie trône depuis dans le hall d’entrée d’Highbury, puis de l’Emirates.
L’arrivée d’Arsène Wenger en 1996
L’après-Chapman est marqué par des hauts et des bas. Le double championnat-FA Cup de 1971 marque le retour au sommet. George Graham gagne deux titres en 1989 et 1991, dans un style défensif qui agace les esthètes. Mais c’est en septembre 1996 qu’Arsenal va entrer dans une nouvelle dimension. David Dein, vice-président du club, va chercher en France un manager peu connu en Angleterre : Arsène Wenger, qui dirige alors les Grampus Eight au Japon après un passage à Monaco.
“Arsène Who?” titre le tabloïd Evening Standard. Le Français débarque avec ses lunettes carrées, son français impeccable, son obsession pour la diététique et son amour du jeu offensif. Il révolutionne le quotidien des joueurs : régime alimentaire strict, fin des troisièmes mi-temps au pub, étirements obligatoires, étude vidéo systématique. Tony Adams, capitaine emblématique de l’époque, raconte qu’il pesait dix kilos de moins six mois après l’arrivée de Wenger.
Les résultats arrivent vite. Doublé championnat-FA Cup en 1998 dès la première saison pleine. Nouveau doublé en 2002. Wenger remporte trois Premier Leagues (1998, 2002, 2004) et sept FA Cups en 22 ans à Arsenal. Mais son chef-d’œuvre, c’est cette équipe 2003-2004 qui restera dans la légende sous un seul nom : les Invincibles.
Les Invincibles de 2003-2004
La saison 2003-2004 est unique dans l’histoire de la Premier League : Arsenal termine 38e journée sans la moindre défaite. 26 victoires, 12 nuls, 0 défaite. Aucun club anglais n’avait réussi cet exploit depuis Preston North End en 1888-1889, à l’époque où le championnat ne comptait que 22 matches.
L’équipe est un mélange parfait. Devant : Thierry Henry, meilleur buteur du championnat avec 30 buts, et Robert Pires sur le côté gauche. Au milieu : Patrick Vieira capitaine, Gilberto Silva, Freddie Ljungberg. Derrière : Sol Campbell, Kolo Touré, Lauren et Ashley Cole. Dans les buts : Jens Lehmann, Allemand froid et fiable. Dennis Bergkamp, le maître à jouer hollandais, oriente le jeu.
Le titre est scellé le 25 avril 2004 à White Hart Lane, sur la pelouse même du rival Tottenham, dans un 2-2 électrique. La série d’invincibilité se prolonge en début de saison suivante jusqu’en octobre 2004, soit 49 matches consécutifs sans défaite, autre record absolu. Notre papier dédié aux Invincibles raconte la saison match par match.

2006, l’Emirates et la transition difficile
L’été 2006 marque la fin d’une époque. Highbury, stade emblématique depuis 1913, ferme ses portes. Arsenal s’installe dans l’Emirates Stadium, enceinte ultramoderne de 60 704 places construite à quelques centaines de mètres seulement de l’ancien terrain. Le coût total dépasse les 470 millions de livres, ce qui plombe les finances du club et limite ses transferts pendant près d’une décennie.
Les neuf saisons qui suivent sont frustrantes. Wenger qualifie systématiquement Arsenal pour la Ligue des Champions, ce qui sécurise les comptes, mais ne remporte plus le championnat. Cesc Fàbregas, Robin van Persie et Samir Nasri sont vendus aux concurrents directs. Le club gagne tout de même trois FA Cups consécutives (2014, 2015, 2017) et l’Emirates devient le premier stade de Wenger à voir un trophée majeur.
En mai 2018, après 22 ans à la tête du club, Wenger annonce son départ. Il laisse Arsenal avec 17 trophées, un nouveau stade, une formation modernisée, et un déficit de titres en championnat depuis 2004. Unai Emery prend la suite, avant de céder la place à Mikel Arteta en décembre 2019.
L’ère Arteta : la reconstruction depuis 2019
Mikel Arteta, ancien capitaine d’Arsenal et adjoint de Pep Guardiola à Manchester City, prend les commandes en décembre 2019. Il hérite d’un effectif vieillissant et d’une structure à reconstruire. Sa méthode, inspirée de Guardiola, repose sur le contrôle absolu du ballon, la rotation aux postes et l’exigence de chaque détail. La FA Cup 2020, soulevée à Wembley pendant la pandémie, est sa première récompense.
Arsenal redevient progressivement un prétendant au titre. Saison 2022-2023 : deuxième derrière Manchester City. Saison 2023-2024 : encore deuxième. Saison 2024-2025 : encore. Le club n’a pas remporté la Premier League depuis les Invincibles, mais ses jeunes talents (Bukayo Saka, Martin Ødegaard capitaine, Declan Rice, William Saliba) en font l’un des effectifs les plus prometteurs d’Europe. La conquête du toit anglais, et surtout d’une première Coupe d’Europe, reste l’objectif obsédant.
Sur le plan financier, Stan Kroenke, milliardaire américain, est devenu propriétaire majoritaire en 2018 avec plus de 90 % des parts. Sa gestion, longtemps critiquée pour son absence d’investissements, a été remplacée par une politique plus ambitieuse depuis l’arrivée d’Arteta.

L’identité Gunners : rouge, canon et nord de Londres
L’identité visuelle d’Arsenal a peu évolué en 140 ans. Le rouge intense, hérité du Nottingham Forest qui avait fait don des premiers maillots aux ouvriers de Woolwich, reste la couleur dominante depuis les origines. Les manches blanches, ajoutées dans les années 1930 par Chapman pour distinguer Arsenal des autres clubs en rouge, sont devenues une signature reconnaissable entre toutes.
Le canon, symbole évident des origines artillères, figure sur le blason du club depuis 1888. La devise officielle, “Victoria Concordia Crescit” (la victoire vient par la concorde), date de 1949. Le nord de Londres, terre adoptive depuis 1913, reste le cœur battant du club, malgré une fanbase mondiale qui rivalise désormais avec celles des plus grands.
Arsenal est aujourd’hui valorisé autour de 3,4 milliards de dollars, ce qui en fait le huitième club le plus cher du monde. Une performance économique remarquable pour une institution née dans une usine d’armement il y a 140 ans, et qui n’a jamais bénéficié d’investissement Etat ou de pétrodollars massifs comme ses concurrents directs.
Ce qu’il faut retenir
- Arsenal a été fondé en octobre 1886 sous le nom de Dial Square par les ouvriers de l’arsenal royal de Woolwich, dans le sud-est de Londres.
- Le club est devenu Woolwich Arsenal en 1891, puis Arsenal Football Club en 1914 après son déménagement à Highbury en 1913.
- Herbert Chapman (1925-1934) a remporté 5 titres de champion dans les années 1930 et inventé le numéro de maillot, le projecteur, et le système WM.
- Arsène Wenger a dirigé le club de 1996 à 2018, remporté 3 Premier Leagues (1998, 2002, 2004) et 7 FA Cups.
- Les Invincibles 2003-2004 ont terminé la saison de Premier League sans aucune défaite (26 victoires, 12 nuls, 0 défaite).
- Arsenal a déménagé à l’Emirates Stadium (60 704 places) à l’été 2006, abandonnant Highbury après 93 ans.
- Le club détient le record absolu de FA Cups en Angleterre avec 14 trophées, et compte 13 titres de champion.
Pour aller plus loin
Pour explorer d’autres facettes de l’univers Arsenal, on vous recommande nos papiers sur la saison invincible 2003-2004, sur la carrière de Thierry Henry, et sur l’histoire du grand rival Tottenham. Notre classement des plus beaux maillots de Premier League revient également sur les tuniques iconiques portées par les Gunners depuis 1990.
Questions fréquentes
Quand a été créé Arsenal FC ?
Arsenal a été fondé en octobre 1886 sous le nom de Dial Square par les ouvriers de l’arsenal royal de Woolwich. Il est rebaptisé Royal Arsenal en janvier 1887, puis Woolwich Arsenal en 1891, et enfin Arsenal Football Club en 1914.
Pourquoi Arsenal s’appelle les Gunners ?
Le surnom “Gunners” (canonniers) vient des origines du club : les fondateurs étaient ouvriers à l’arsenal royal de Woolwich, usine d’armement qui fabriquait notamment des canons pour la couronne britannique. Le canon figure sur le blason depuis 1888.
Pourquoi Arsenal a-t-il déménagé à Highbury ?
En 1913, le propriétaire Henry Norris a décidé de déplacer le club de Woolwich vers le quartier de Highbury, au nord de Londres, pour des raisons financières. Woolwich était trop excentré, le public trop limité, et les recettes insuffisantes pour faire vivre le club.
Combien Arsenal a-t-il remporté de titres de champion ?
Arsenal compte 13 titres de champion d’Angleterre. Cinq ont été remportés sous Herbert Chapman dans les années 1930 (1931, 1933, 1934, 1935, 1938), trois sous Arsène Wenger (1998, 2002, 2004) et les autres entre 1948 et 1991.
Qui sont les Invincibles d’Arsenal ?
Les Invincibles désignent l’équipe d’Arsenal qui a remporté la Premier League 2003-2004 sans connaître la moindre défaite (26 victoires, 12 nuls, 0 défaite en 38 matches). C’est la seule équipe à avoir réalisé cet exploit depuis Preston North End en 1888-1889.
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