Au début des années 1970, le grand rival du Bayern Munich n’est pas le Borussia Dortmund (alors en difficulté) mais le Borussia Mönchengladbach. Pendant huit saisons, deux clubs allemands se disputent presque chaque titre national : le Bayern de Beckenbauer, Müller et Maier, et “Die Fohlen” (les Poulains) de Mönchengladbach, équipe la plus séduisante de Bundesliga sous l’entraîneur Hennes Weisweiler. Cinq titres entre 1970 et 1977, deux Coupes UEFA et une finale de Coupe d’Europe : la fierté d’une petite ville rhénane qui a tenu tête aux géants du football allemand.
L’histoire de Borussia Mönchengladbach, c’est celle d’un âge d’or fulgurant suivi d’un déclin lent mais réel. Devenu club moyen de Bundesliga depuis les années 1990, Gladbach garde précieusement la mémoire de ses années glorieuses. Cet article retrace les chapitres d’un parcours singulier, où l’audace tactique et l’élégance du jeu ont compté davantage que le palmarès.
1900 : la fondation et la jeunesse
Le Borussia Verein für Leibesübungen 1900 est officiellement fondé le 1er août 1900 à Mönchengladbach, dans l’ouest de l’Allemagne, près de la frontière néerlandaise. Comme pour le Borussia Dortmund, le nom “Borussia” renvoie à la Prusse (Borussia étant la forme latinisée). Le club évolue pendant des décennies dans les divisions régionales rhénanes, sans jamais émerger comme une référence du football allemand.
Le club n’est pas retenu parmi les seize fondateurs de la Bundesliga en 1963. Il accède à l’élite en 1965, en même temps que le Bayern Munich, dans une promotion qui scelle l’arrivée simultanée des deux futurs adversaires majeurs des années 1970. Cette coïncidence historique pèsera lourd dans l’identité de Gladbach : pendant une décennie, le club et le Bayern monteront ensemble vers les sommets et se croiseront à chaque finale ou presque.
Avant cette montée, Borussia Mönchengladbach était considéré comme un club de la troisième zone du football national. Sa transformation en quelques années en superpuissance européenne reste l’un des phénomènes les plus singuliers du football allemand de l’après-guerre.
L’ère Weisweiler et le surnom Die Fohlen
Le tournant a un nom : Hennes Weisweiler. Nommé entraîneur en 1964, ce technicien rhénan applique une philosophie offensive radicale, basée sur la possession, les passes courtes, le pressing haut et l’audace technique. À une époque où le football allemand prônait le réalisme et la rigueur défensive, Weisweiler propose à Gladbach un style de jeu spectaculaire, parfois même imprudent.
Pour incarner cette philosophie, l’entraîneur s’appuie principalement sur des très jeunes joueurs formés au club. C’est ce qui vaut à Mönchengladbach son surnom devenu mythique : “Die Fohlen”, littéralement “Les Poulains”. Le terme apparaît à la fin des années 1960 dans la presse, fasciné par l’âge moyen extrêmement bas de l’équipe, ses sprints au sortir des vestiaires comme des poulains qu’on libère, et son enthousiasme sans calcul.
Le surnom est resté. Il symbolise l’identité que le club continue de revendiquer, même soixante ans plus tard : un football joyeux, audacieux, ancré dans les valeurs de formation locale et de courage tactique. Le logo officiel et plusieurs éléments visuels du club contemporain reprennent encore la silhouette du poulain comme totem identitaire.
Günter Netzer, le maître à jouer génial
Au cœur de l’équipe, un milieu de terrain hors normes : Günter Netzer. Né à Mönchengladbach en 1944, formé au club, il en devient la figure publique mondiale. Cheveux longs, démarche nonchalante, technique virtuose, vision du jeu géniale : Netzer incarne une nouvelle génération de joueurs qui rompent avec l’austérité de l’avant-guerre. Il ressemble plus à une rock star qu’à un footballeur classique.
Avec la Mannschaft, il est titulaire en demi-finale du Championnat d’Europe 1972, considéré comme l’un des sommets du jeu allemand. Il quitte Mönchengladbach en 1973 pour rejoindre le Real Madrid, ouvrant la voie à un transfert qui surprend toute l’Europe et qui rapporte aux Poulains une somme alors record. Avec le Real, il remporte deux Liga consécutives et conserve son statut d’icône.
Netzer reste l’un des plus grands milieux allemands de tous les temps, aux côtés de Beckenbauer, Matthäus et Schweinsteiger dans les classements historiques. À sa retraite, il est devenu un consultant TV très influent en Allemagne, restant proche de l’institution Borussia Mönchengladbach même après son départ pour Madrid.

Cinq titres de Bundesliga entre 1970 et 1977
L’âge d’or sportif s’étend de 1970 à 1977. Pendant cette période, Borussia Mönchengladbach remporte cinq titres de Bundesliga : 1970, 1971, 1975, 1976 et 1977. Le club devient le premier à conquérir trois titres consécutifs en Bundesliga (1975, 1976, 1977), un exploit que le Bayern n’égalera qu’au début des années 1980. La rivalité entre les Poulains et les Bavarois donne lieu à des saisons d’une intensité rare, où chaque match direct fait basculer le championnat.
Cette période voit également l’émergence de plusieurs talents qui marqueront l’histoire du foot allemand. Berti Vogts, latéral droit puis sélectionneur national de la Mannschaft (championne d’Europe 1996), passe toute sa carrière à Mönchengladbach (entre 1965 et 1979). Jupp Heynckes, attaquant prolifique puis entraîneur trois fois vainqueur de la Ligue des Champions (Real 1998, Bayern 2013), porte aussi le maillot du club avec succès.
L’effectif compte également Wolfgang Kleff dans les buts, Rainer Bonhof au milieu (champion du monde 1974), Uli Stielike (futur capitaine et entraîneur national), Allan Simonsen et Jürgen Wegmann. Une équipe d’une densité technique exceptionnelle, qui aurait probablement gagné davantage si elle n’avait pas eu à affronter le Bayern de Beckenbauer dans la même décennie.
Deux Coupes UEFA et une finale européenne
Sur la scène européenne, Borussia Mönchengladbach remporte deux Coupes UEFA : 1975 (contre Twente Enschede au cumulé 5-1) et 1979 (contre l’Étoile Rouge de Belgrade 1-1, 1-0). Le club atteint également la finale de la Coupe des clubs champions en 1977, perdue 3-1 contre le Liverpool de Bob Paisley à Rome. Cette finale, jouée par une équipe légèrement diminuée par les blessures, restera l’occasion manquée de rejoindre le club très fermé des champions d’Europe.
Mönchengladbach est aussi le club allemand qui a gagné une fameuse “boîte de Coca” en 1971, lors d’un match de Coupe d’Europe contre l’Inter Milan. Une boîte de Coca lancée depuis les tribunes du Bökelbergstadion frappe l’attaquant Roberto Boninsegna, qui simule une blessure grave. La FIFA fait rejouer le match dans un stade neutre, et Gladbach se fait éliminer. L’incident reste l’un des plus connus de l’histoire des Coupes d’Europe et a marqué durablement le football européen sur la sécurité des stades.
Au-delà de cet épisode regrettable, le palmarès européen des Poulains reste impressionnant pour un club d’une ville moyenne. Les Coupes UEFA 1975 et 1979 placent Mönchengladbach parmi les références continentales de l’époque, à un moment où la Bundesliga rayonnait sur l’Europe entière.
Allan Simonsen, le Ballon d’Or 1977
L’attaquant danois Allan Simonsen, arrivé en 1972 du Vejle BK, devient en 1977 le seul joueur du Borussia Mönchengladbach à avoir reçu le Ballon d’Or. Il succède à Franz Beckenbauer (lauréat 1976) et précède Kevin Keegan (1978). Cette distinction couronne sa saison exceptionnelle : champion d’Allemagne, finaliste de la Coupe d’Europe, performances déterminantes en équipe nationale danoise.
Simonsen est resté jusqu’en 1979 à Mönchengladbach, contribuant à la deuxième Coupe UEFA, avant de rejoindre le FC Barcelone pour un transfert très médiatisé. Il est encore aujourd’hui l’un des grands noms du football danois, devenu plus tard sélectionneur des îles Féroé. Son passage à Gladbach reste l’un des moments les plus brillants de l’histoire du club.
Dans le palmarès individuel des Allemands, le Ballon d’Or de Simonsen tient une place particulière. Il est l’un des cinq Ballons d’Or attribués à des joueurs évoluant en Bundesliga (avec Beckenbauer, Rummenigge x2, Matthäus, Sammer). Une rareté qui rappelle à quel point la décennie 1970 a été flamboyante pour les Poulains.

Du Bökelbergstadion au Borussia-Park
Pendant 85 ans, de 1919 à 2004, Borussia Mönchengladbach a joué au Bökelbergstadion, enceinte mythique du quartier du même nom à Mönchengladbach. Le stade, doté d’une capacité maximale d’environ 40 000 places (debout et assises), avait l’une des configurations les plus singulières d’Allemagne, avec des tribunes très proches du terrain et une ambiance familiale typique des stades anciens.
En 2004, le club déménage au tout nouveau Borussia-Park, construit en périphérie de la ville. Le nouveau stade, plus moderne et plus grand (54 022 places en configuration championnat), permet d’augmenter significativement les recettes par match. Mais pour une partie des supporters, c’est aussi une rupture avec une époque révolue : le Bökelbergstadion incarnait le club historique, le Borussia-Park appartient à l’ère moderne du football allemand.
Le déménagement coïncide d’ailleurs avec une période de stabilisation après plusieurs années difficiles. Le club, longtemps oscillant entre première et deuxième division dans les années 1990, retrouve une assise plus solide à partir des années 2000 grâce notamment à l’augmentation des revenus liés à la nouvelle enceinte.
Le déclin progressif après les années 1980
Le déclin sportif commence dès la fin des années 1970. Les départs successifs des grands joueurs (Netzer en 1973, Heynckes à la retraite en 1978, Simonsen en 1979, Vogts également en 1979) affaiblissent l’effectif. L’entraîneur Weisweiler est parti dès 1975 pour le Barcelone. Sans ses cadres historiques, Borussia Mönchengladbach glisse progressivement vers le ventre mou de la Bundesliga.
Le club est même relégué en deuxième division en 1999, son seul exil hors de l’élite depuis 1965. Il y reste deux saisons avant de remonter en 2001. Pendant les années 2000 et 2010, Gladbach navigue entre saisons décevantes et belles surprises, notamment sous Lucien Favre (entraîneur entre 2011 et 2015) qui ramène le club en Ligue des Champions pour la première fois depuis très longtemps.
Plus récemment, sous Marco Rose (2019-2021) et André Schubert, le club a confirmé sa place comme un solide candidat aux Coupes d’Europe sans pour autant s’approcher du titre national. Le retour aux sommets reste un horizon lointain, mais l’institution s’appuie sur une formation reconnue et un public toujours fidèle.

Le club aujourd’hui : entre mémoire et reconstruction
Borussia Mönchengladbach continue d’évoluer en Bundesliga sans interruption depuis 2008. Les saisons récentes ont été contrastées : qualifications européennes en 2015, 2016, 2017 et 2020, puis périodes plus difficiles avec des places en seconde moitié de classement. L’équipe dépend largement des cycles de formation et de la capacité à conserver ses meilleurs jeunes face aux convoitises des grands clubs.
Le centre de formation reste l’un des plus respectés d’Allemagne. Plusieurs internationaux ont éclos à Mönchengladbach avant de rejoindre des écuries plus puissantes : Marc-André ter Stegen (parti au Barça en 2014), Granit Xhaka, Marco Reus (formé au club avant son passage par Dortmund), Mahmoud Dahoud. La régénération continue de fonctionner.
Le club incarne aujourd’hui le modèle d’un Bundesliga “intermédiaire” : trop petit pour viser le titre, trop installé pour disparaître, fidèle à une identité de jeu et de gestion qui le distingue dans le paysage allemand. La fierté d’avoir été pendant une décennie le principal rival du Bayern reste le ciment d’une fan base extrêmement attachée. Pour comparer avec d’autres trajectoires de la Bundesliga, on a aussi écrit un papier sur le Bayern Munich et ses 33 titres.
Ce qu’il faut retenir
- Le Borussia Mönchengladbach a été fondé le 1er août 1900 à Mönchengladbach, en Rhénanie.
- Sous Hennes Weisweiler, le club remporte cinq titres de Bundesliga entre 1970 et 1977.
- Surnommé “Die Fohlen” (les Poulains), il incarne une génération de jeunes joueurs au football audacieux.
- Günter Netzer, milieu génial des seventies, reste l’une des figures les plus marquantes du club.
- Allan Simonsen reçoit le Ballon d’Or 1977 sous les couleurs du club, après une saison exceptionnelle.
- Deux Coupes UEFA conquises en 1975 et 1979, et une finale de Coupe d’Europe perdue contre Liverpool en 1977.
- Le club a déménagé du Bökelbergstadion au Borussia-Park en 2004, capacité actuelle d’environ 54 000 places.
Pour aller plus loin
Pour comprendre le grand rival historique de Mönchengladbach, on a écrit un dossier complet sur le Bayern Munich et ses onze titres consécutifs entre 2013 et 2023. Pour explorer une autre figure majeure de la Bundesliga des années 1970-1980, notre portrait du Borussia Dortmund retrace le parcours du mur jaune et de la ligue des Champions 1997. Et pour découvrir les couleurs et créations qui ont marqué le championnat allemand, notre top des plus beaux maillots de la Bundesliga est en ligne.
Questions fréquentes
Quand le Borussia Mönchengladbach a-t-il été fondé ?
Le Borussia Verein für Leibesübungen 1900 Mönchengladbach a été fondé le 1er août 1900, dans la ville rhénane de Mönchengladbach. Le terme “Borussia” vient du nom latin de la Prusse, royaume historique auquel la région appartenait.
Pourquoi appelle-t-on Mönchengladbach Die Fohlen (les Poulains) ?
Le surnom Die Fohlen est apparu à la fin des années 1960, lorsque l’équipe entraînée par Hennes Weisweiler s’appuyait sur des joueurs très jeunes formés au club. La presse les comparait à des poulains qui dévalent au galop dès la sortie du vestiaire, et le surnom a définitivement adopté.
Combien de Bundesliga le Borussia Mönchengladbach a-t-il remportées ?
Le club a remporté cinq titres de Bundesliga, tous concentrés sur la décennie 1970 : 1970, 1971, 1975, 1976 et 1977. Trois d’entre eux ont été gagnés consécutivement (1975-1976-1977), un exploit alors inédit.
Quels sont les plus grands joueurs de l’histoire de Gladbach ?
Parmi les figures historiques : Günter Netzer (milieu génial des seventies), Berti Vogts (latéral et futur sélectionneur), Jupp Heynckes (attaquant puis entraîneur trois fois vainqueur de la Ligue des Champions), Allan Simonsen (Ballon d’Or 1977), Rainer Bonhof, Wolfgang Kleff. Plus récemment Marco Reus et Marc-André ter Stegen y ont été formés.
Quelle est la capacité du Borussia-Park ?
Le Borussia-Park, ouvert en 2004 en remplacement du vieux Bökelbergstadion, accueille 54 022 spectateurs en configuration Bundesliga. C’est l’un des stades modernes les plus appréciés du championnat allemand pour sa qualité d’accueil et son ambiance.
La collection Gladbach vous attend
Tous les maillots de Borussia Mönchengladbach sont disponibles : domicile blanc et vert traditionnel, extérieur, third, version joueur, version supporter, et les maillots rétro qui rappellent la flamboyante équipe des Poulains.
