Premier League
Posted in

Invincibles Arsenal 2003-2004 : la saison sans défaite

Le 25 avril 2004, à White Hart Lane, Arsenal arrache un nul 2-2 contre Tottenham et devient officiellement champion d’Angleterre. Mais ce qui restera dans l’histoire n’est pas tant le titre, c’est le scénario qui suit : Arsenal termine la saison de Premier League sans la moindre défaite. 38 matches, 26 victoires, 12 nuls, 0 défaite. Aucun club n’avait réalisé cet exploit depuis Preston North End en 1888-1889, à l’époque où le championnat ne comptait que 22 matches. Vingt ans plus tard, personne n’a recommencé.

Les Invincibles d’Arsenal, c’est une saison parfaite, un état d’esprit, et une démonstration tactique signée Arsène Wenger. C’est aussi une équipe qui combine puissance physique, vitesse, technique et solidarité collective comme aucune autre dans l’histoire de la Premier League. Voici le récit complet de cette saison qui a dépassé tous les standards du foot anglais moderne.

invincibles arsenal, photo du stade
Emirates Stadium, Arsenal

Le contexte : Arsenal après deux titres mais déçu en 2003

À l’été 2003, Arsenal sort d’une saison frustrante. Champion d’Angleterre 2001-2002 sous Wenger (deuxième doublé championnat-FA Cup en cinq ans), le club a manqué de peu le titre 2002-2003, devancé par Manchester United. La frustration est d’autant plus grande qu’Arsenal a longtemps occupé la première place avant de craquer en fin de saison. Wenger se promet, en interne, de bâtir l’année suivante une équipe qui ne perdra plus.

Sa déclaration publique fait sourire à l’époque. Lors de la pré-saison 2003, Wenger lâche dans une interview : “I think we can go a whole season unbeaten” (je pense qu’on peut faire une saison entière invaincus). Les médias anglais raillent l’arrogance française. Personne ne croit qu’un club peut traverser 38 matches de Premier League sans le moindre faux pas. Personne, sauf Wenger et son groupe.

Le mercato 2003 est ciblé. Arsenal recrute Jens Lehmann (gardien allemand de Dortmund) pour remplacer David Seaman, et Gaël Clichy (jeune latéral français de Cannes) pour préparer la succession d’Ashley Cole. Le coup le plus astucieux est financier : peu de dépenses, beaucoup de continuité dans le groupe.

L’effectif des Invincibles, joueur par joueur

L’effectif des Invincibles comporte une vingtaine de joueurs, mais le onze de référence est extrêmement stable. Au but : Jens Lehmann, allemand froid et imperturbable, qui dispute les 38 matches de championnat. En défense centrale : Sol Campbell (anglais, ancien capitaine de Tottenham, recruté en 2001 dans une polémique majeure) et Kolo Touré (ivoirien, reconverti par Wenger d’attaquant à défenseur central, énorme révélation de la saison).

Sur les côtés : Lauren Etame Mayer (camerounais, droit) et Ashley Cole (anglais, gauche), deux latéraux modernes capables de défendre et d’attaquer. Au milieu, l’organisation est en double pivot avec Patrick Vieira (français, capitaine, métronome physique) et Gilberto Silva (brésilien, champion du monde 2002, équilibre du milieu). Sur les côtés du milieu : Robert Pires (français, ancien Marseillais et Metz, technicien gauche) et Freddie Ljungberg (suédois, ailier droit puissant).

Devant : Thierry Henry (français, attaquant principal, meilleur buteur du championnat avec 30 buts) et Dennis Bergkamp (néerlandais, second attaquant qui décroche pour distribuer le jeu). En janvier 2004, José Antonio Reyes (espagnol, recruté à Séville) renforce l’effectif et apporte de la profondeur. Notre papier sur la carrière de Thierry Henry détaille le rôle central de l’attaquant français cette saison-là.

Thierry Henry, leader des Invincibles
Thierry Henry, leader des Invincibles

La tactique Wenger : 4-4-2 fluide, libertés et pressing

Wenger ne révolutionne pas la tactique. Son schéma de base reste un 4-4-2 classique, ancré dans la tradition anglaise. Mais il l’adapte avec une fluidité inédite. Henry et Bergkamp permutent constamment leurs positions. Pires et Ljungberg rentrent dans l’axe pour créer des surnombres au milieu. Vieira monte régulièrement comme troisième attaquant sur les phases offensives.

Le pressing est haut, coordonné, agressif. Henry, qu’on retient surtout pour son talent offensif, est en réalité l’un des meilleurs presseurs du foot mondial à cette époque. Vieira et Gilberto récupèrent des ballons dans la zone adverse en quelques secondes. La transition offensive après récupération est foudroyante : trois passes, but. Arsenal inscrit 73 buts en championnat cette saison-là, soit près de 2 par match.

Défensivement, l’équipe encaisse seulement 26 buts en 38 matches. Lehmann réalise des arrêts décisifs, Campbell et Touré dominent dans les airs, Cole et Lauren ferment les ailes. Mais surtout, Arsenal récupère le ballon tellement haut que les adversaires ont rarement l’occasion de cadrer. La tactique Wenger, c’est une défense par possession.

D’août 2003 à avril 2004 : les moments clés

La saison commence le 16 août 2003 par une victoire 2-1 à Goodison Park (Everton), Henry et Pires marquent. Suivent des victoires régulières, ponctuées de quelques nuls maîtrisés. Le 21 septembre 2003, Arsenal arrache un nul 0-0 à Old Trafford contre Manchester United, dans un match marqué par le penalty manqué par Ruud van Nistelrooy (frappe sur la barre transversale) et la fameuse “Battle of Old Trafford” (échauffourée d’après-match).

En décembre, Arsenal écrase Wolves 5-0 et Newcastle 3-0. En janvier 2004, le club recrute Reyes et continue d’enchaîner. Le moment charnière se joue le 9 février 2004 à Highbury contre Manchester City : Arsenal mène 1-0 mais City égalise, puis prend l’avantage 2-1. Wenger fait entrer Edu, qui marque l’égalisation à la 79e. Pires arrache la victoire 2-1 à la 90e. C’était sans doute le match le plus serré de la saison.

Le 28 mars 2004, à Highbury, Arsenal écrase Manchester United 1-1 dans un derby intense. Henry inscrit son 30e but de Premier League. Le 9 avril, victoire à Liverpool 2-1 après une remontée 0-2 à 2-2 puis 2-1 dans les arrêts de jeu, double Pires. Mais c’est le 25 avril 2004 qui restera gravé pour toujours.

Arsene Wenger et le titre de l'Invincible
Arsene Wenger et le titre de l’Invincible

Le titre arraché à White Hart Lane

Le 25 avril 2004, dans un White Hart Lane survolté, Arsenal joue contre Tottenham, son rival du nord de Londres. Un nul ou une victoire suffit aux Gunners pour être sacrés champions, sur la pelouse même de leur ennemi historique. Le scénario est rocambolesque. Vieira ouvre le score à la 3e minute. Pires double la mise à la 35e. Arsenal mène 2-0 à la mi-temps, le titre semble acquis.

Mais Tottenham revient. Jamie Redknapp réduit l’écart à la 62e. Les Spurs poussent. À la 90+1, Robbie Keane transforme un penalty (faute de Lauren). 2-2. Le coup de sifflet final libère Arsenal : nul suffit, le titre est gagné. Les joueurs Gunners célèbrent au milieu de la pelouse de leurs voisins, image symbolique qui reproduit le sacre de 1971 (titre également arraché à White Hart Lane).

Restent quatre matches à jouer pour boucler la saison invincible. Arsenal en gagne deux et fait deux nuls. Le 15 mai 2004, à Highbury, Arsenal bat Leicester 2-1 (Henry sur penalty, Vieira) lors du 38e et dernier match de la saison. La saison est terminée : 26 victoires, 12 nuls, 0 défaite, 73 buts marqués, 26 encaissés, 90 points. Aucune équipe n’a fait mieux.

La série prolongée : 49 matches sans défaite

L’invincibilité ne s’arrête pas en mai 2004. Elle continue lors de la saison suivante. Arsenal bat Manchester United à domicile en Charity Shield en août 2004. Puis enchaîne les victoires en Premier League : Everton, Middlesbrough, Blackburn, Norwich, Fulham. La série s’étire jusqu’au 24 octobre 2004.

Ce jour-là, à Old Trafford, Arsenal affronte Manchester United dans un match qui va passer à l’histoire pour de mauvaises raisons. Manchester United gagne 2-0, sur un penalty de Van Nistelrooy après une faute discutée et une réalisation de Wayne Rooney. La série invincible s’arrête à 49 matches consécutifs sans défaite en championnat (38 sur la saison 2003-2004 plus 11 en 2004-2005).

Après le match, l’ambiance est électrique. Sir Alex Ferguson aurait reçu un morceau de pizza dans le couloir des vestiaires, balancé par un joueur d’Arsenal (probablement Cesc Fàbregas, alors jeune remplaçant). L’épisode passera dans la culture du foot anglais sous le nom de “Pizzagate”. Les rivalités Arsenal-United sont alors à leur paroxysme.

L'equipe Invincible d'Arsenal 2003-2004
L’equipe Invincible d’Arsenal 2003-2004

Le bilan chiffré et l’héritage des Invincibles

Le bilan complet de la saison 2003-2004 est impressionnant. 26 victoires, 12 nuls, 0 défaite. 73 buts marqués (Henry 30, Pires 14, Bergkamp 4, Ljungberg 4, Reyes 2 en demi-saison). 26 buts encaissés. 90 points. Arsenal termine 11 points devant Chelsea (2e) et 15 points devant Manchester United (3e). Henry remporte son troisième Soulier d’Or de Premier League et est élu meilleur joueur de l’année par le PFA et la FWA.

Sur les autres compétitions, le bilan est plus modeste. Arsenal est éliminé en quart de finale de Ligue des Champions par Chelsea (1-1 puis 1-2). Le club perd la demi-finale de FA Cup contre Manchester United (0-1) et la demi-finale de League Cup contre Middlesbrough. Les Invincibles restent donc une saison purement championnat, mais quelle saison.

L’héritage des Invincibles est immense. Vingt ans plus tard, aucun club anglais n’a renouvelé l’exploit. Manchester City s’en est approché en 2017-2018 (record de points avec 100 mais une défaite contre Liverpool en cours de saison). Liverpool sous Klopp en 2019-2020 a fini avec une seule défaite. La saison parfaite des Invincibles reste donc unique dans l’ère moderne. Wenger lui-même a déclaré qu’il s’agit du plus grand exploit de sa carrière.

Ce qu’il faut retenir

  • Arsenal a remporté la Premier League 2003-2004 sans connaître la moindre défaite : 26 victoires, 12 nuls, 0 défaite en 38 matches.
  • C’est la première saison sans défaite depuis Preston North End en 1888-1889 (saison de 22 matches uniquement).
  • Arsène Wenger avait annoncé l’exploit dès la pré-saison, ce qui avait fait sourire les médias anglais à l’époque.
  • Thierry Henry a été meilleur buteur avec 30 buts en championnat, élu joueur de l’année PFA et FWA.
  • Le titre a été scellé le 25 avril 2004 à White Hart Lane sur la pelouse du rival Tottenham, après un nul 2-2.
  • La série d’invincibilité s’est prolongée jusqu’au 24 octobre 2004, soit 49 matches consécutifs sans défaite, autre record absolu.
  • L’effectif type : Lehmann ; Lauren, Touré, Campbell, Cole ; Ljungberg, Vieira, Gilberto, Pires ; Bergkamp, Henry.

Pour aller plus loin

Pour explorer plus en détail l’univers Arsenal, on vous recommande nos papiers sur l’histoire complète des Gunners, sur la carrière de Thierry Henry, vedette de la saison invincible, et sur l’histoire de Manchester United, principal rival des Invincibles. Notre classement des plus beaux maillots de Premier League revient également sur la tunique rouge mythique de cette saison-là.

Questions fréquentes

Combien de matches Arsenal a-t-il joué sans défaite en 2003-2004 ?

Arsenal a disputé les 38 matches de la Premier League 2003-2004 sans connaître la moindre défaite : 26 victoires et 12 nuls. C’est la seule équipe à avoir réalisé cet exploit dans une saison de 38 journées. Preston North End (1888-1889) avait fait la même chose, mais sur seulement 22 matches.

Combien de buts Thierry Henry a-t-il marqués cette saison ?

Thierry Henry a inscrit 30 buts en Premier League 2003-2004, terminant meilleur buteur du championnat pour la troisième fois consécutive. Toutes compétitions confondues, son total monte à 39 buts. Il a été élu joueur de l’année par la PFA et la FWA.

Quand Arsenal a-t-il été sacré champion ?

Arsenal a été officiellement champion d’Angleterre le 25 avril 2004, après un nul 2-2 contre Tottenham à White Hart Lane. Vieira et Pires avaient ouvert le score, Redknapp et Keane (penalty) ont permis aux Spurs de revenir. Le nul a suffi pour mathématiquement assurer le titre.

Combien de matches sans défaite la série a-t-elle duré ?

La série d’invincibilité s’est étirée sur 49 matches consécutifs en Premier League, du 7 mai 2003 au 24 octobre 2004. Elle a pris fin à Old Trafford contre Manchester United (0-2), avec un penalty de Van Nistelrooy et un but de Wayne Rooney.

Pourquoi appelle-t-on cette équipe les Invincibles ?

Le surnom “Invincibles” vient directement de l’absence de défaite sur l’ensemble de la saison de Premier League. Le club d’Arsenal a frappé une médaille en or à l’effigie de chaque joueur ayant participé à la saison, gravée du mot “Invincibles”, tradition unique dans le foot anglais moderne.

Reproduisez le geste avec le maillot des Invincibles

La collection Arsenal de notre boutique propose les maillots des saisons légendaires de l’ère Wenger, dont le rétro 2003-2004 des Invincibles, ainsi que les versions actuelles domicile, extérieur et third.

Découvrir la collection Arsenal →

Bestsellers:
SHOPPING BAG 0
RECENTLY VIEWED 0