Le 29 août 1926, à Florence, deux clubs locaux fusionnent pour donner naissance à l’Associazione Calcio Fiorentina. Trois ans plus tard, en 1929, lors d’un lavage qui tourne mal, les maillots rouges et blancs des Florentins virent au violet. Au lieu de jeter ces tenues abîmées, le club les adopte, et ce qui ressemble à un accident devient l’identité visuelle d’un club éternellement à part dans le calcio italien. Les “viola”, ces violets de Florence, ne ressembleront plus à aucun autre club européen.
Cent ans plus tard, la Fiorentina compte deux Scudetti, six Coupes d’Italie, une Coupe des Coupes en 1961 et de nombreuses finales européennes perdues. Mais le club tient sa singularité davantage de son ancrage culturel à Florence, ville de la Renaissance, que de son palmarès. Cet article retrace cette histoire à part, des origines en 1926 aux ères Della Valle et Commisso, en passant par les années Batistuta qui ont marqué une génération.
1926, la fondation par fusion à Florence
L’Associazione Calcio Fiorentina voit le jour le 29 août 1926, par la fusion de deux clubs florentins : le Club Sportivo Firenze et le Palestra Ginnastica Libertas. L’initiative est portée par le marquis Luigi Ridolfi Vay da Verrazzano, dirigeant fasciste local, qui veut doter Florence d’un grand club capable de représenter dignement la ville dans le championnat national italien naissant.
Florence, capitale de la Toscane et berceau de la Renaissance, n’avait jusqu’alors pas de club football à la mesure de son prestige culturel. La fusion des deux clubs amateurs permet de créer une structure professionnelle ambitieuse, qui prend le nom de la ville (Fiorentina, “la Florentine”) et adopte les couleurs initiales rouge et blanc, en référence aux armoiries communales.
Le club connaît rapidement le succès dans les divisions inférieures et accède à la Serie A en 1931. Il s’installe au stade Giovanni Berta, qui sera renommé Artemio Franchi en 1991, en hommage au dirigeant florentin disparu. Cette enceinte, conçue par l’architecte Pier Luigi Nervi, reste l’une des plus singulières d’Italie avec ses tours et son escalier hélicoïdal.
1929, l’accident de lavage qui crée le violet
L’épisode le plus célèbre de l’histoire de la Fiorentina est celui du violet, couleur qui n’était pas prévue à l’origine. En 1929, lors d’un lavage qui tourne mal (les versions divergent : eau trop chaude, mélange avec d’autres tissus, produits inadaptés), les maillots rouges et blancs des Florentins déteignent et virent au violet. Plutôt que de jeter ces tenues, jugées trop coûteuses pour être remplacées, le club décide de les adopter.
Le violet devient ainsi l’identité visuelle de la Fiorentina, par hasard mais pour toujours. Cette couleur, peu utilisée dans le football mondial, distingue immédiatement le club de tous ses concurrents. Les surnoms qui en découlent (I Viola, La Viola, I Gigliati) traduisent cette spécificité chromatique. Aucun autre grand club européen n’a adopté le violet comme couleur principale.
Cette singularité chromatique s’inscrit étrangement bien dans l’identité culturelle de Florence, ville où l’art de la couleur a été poussé à son sommet par les peintres de la Renaissance (Botticelli, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël). Le violet de la Fiorentina est devenu, au fil des décennies, l’un des symboles visuels de la ville, célébré bien au-delà du seul cadre sportif.

Le giglio, le lys de Florence
L’écusson de la Fiorentina intègre le giglio, le lys rouge sur fond blanc qui est l’emblème historique de Florence depuis le Moyen Âge. Ce symbole, présent sur tous les drapeaux et armoiries de la ville, ancre définitivement le club dans son héritage local. Les supporters florentins se vivent comme les héritiers d’une tradition multiséculaire, où le club de football n’est qu’une expression contemporaine d’une identité bien plus ancienne.
Cette identité locale forte explique en partie pourquoi la Fiorentina n’est jamais devenue un grand club européen au sens commercial du terme. Florence, ville de 380 000 habitants, ne peut générer le bassin de supporters de Milan, Rome ou Naples. Mais cette modestie démographique se compense par une fidélité supportériste rare et par un rayonnement culturel mondial qui dépasse celui de bien des villes plus grandes.
Les ultras florentins, principalement regroupés dans la curva Fiesole du stade Franchi, sont reconnus pour leur ferveur artistique : tifos sophistiqués, choréographies inspirées de la Renaissance, drapeaux historiques. Cette dimension esthétique de la passion footballistique fait de la Fiorentina un cas particulier dans le calcio.
1956, le premier Scudetto
Le premier titre de champion d’Italie de la Fiorentina arrive en 1956, sous la direction de l’entraîneur italien Fulvio Bernardini. L’équipe, portée par le Brésilien Julinho et l’Argentin Miguel Ángel Montuori, domine le championnat avec une avance considérable et conquiert le Scudetto avec 12 points d’avance sur le Milan AC. C’est le sommet sportif des années 50 pour le club.
L’année suivante, en 1957, la Fiorentina dispute la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions à Madrid, contre le Real Madrid de Di Stéfano. Les Italiens s’inclinent 2-0 dans une finale dominée par les Espagnols, qui remportent ainsi leur deuxième Coupe d’Europe consécutive. Cette défaite reste l’une des grandes désillusions de l’histoire du club, mais témoigne aussi de son rang européen à l’époque.
Cette équipe championne s’appuyait sur des Italiens comme Sergio Cervato, Giuseppe Chiappella et Maurilio Prini, et sur des étrangers de talent. Le titre 1956 est célébré avec ferveur à Florence, où le club s’installe durablement dans l’imaginaire collectif comme l’une des grandes institutions sportives italiennes.
1961, la Coupe des Coupes contre les Rangers
En 1961, la Fiorentina remporte la première édition de la Coupe des Coupes, compétition européenne réservée aux vainqueurs des coupes nationales. La double finale oppose les Florentins aux Glasgow Rangers écossais. À Glasgow, la Fiorentina l’emporte 2-0. Au retour à Florence, victoire 2-1. Score cumulé 4-1, premier trophée européen du club.
Cette victoire historique est inscrite dans le palmarès de la Fiorentina comme l’un des deux trophées européens majeurs jamais remportés (avec les bons parcours plus récents en Coupe UEFA et Conference League, mais sans victoire finale). La Coupe des Coupes 1961 a aussi le mérite d’être la toute première édition de cette compétition, ce qui inscrit la Fiorentina comme pionnière dans l’histoire européenne des clubs.
Le club connaîtra ensuite plusieurs autres aventures européennes importantes, notamment une finale de Coupe UEFA perdue en 1990 contre la Juventus (1-3 sur les deux matchs), et plus récemment deux finales de Conference League consécutives perdues en 2023 (contre West Ham) et 2024 (contre Olympiacos). Le grand trophée européen majeur depuis 1961 lui échappe encore.
1969, le second Scudetto
Treize ans après le premier titre, la Fiorentina remporte son deuxième Scudetto en 1969 sous la direction de l’entraîneur Bruno Pesaola. L’équipe est portée par Giancarlo De Sisti au milieu, Luciano Chiarugi sur l’aile, Mario Maraschi en attaque, et le légendaire Suédois Kurt Hamrin (qui inscrira 150 buts en championnat italien, dont 144 sous le maillot violet).

Ce Scudetto 1969 est conquis devant le Cagliari de Gigi Riva, qui prendra sa revanche dès l’année suivante. La Fiorentina est alors à son apogée populaire, dans une période où le calcio italien rayonne en Europe. Mais ce sera le dernier titre de champion d’Italie du club. Plus de cinquante ans plus tard, les viola n’ont toujours pas reconquis le Scudetto, ce qui en fait l’une des grandes frustrations de l’histoire du club.
Les années 70 et 80 voient l’éclosion de Giancarlo Antognoni, élégant numéro 10 formé au club qui y restera 15 saisons (1972-1987), inscrivant 73 buts et devenant l’un des plus grands one-club men du calcio italien. Antognoni, sélectionné en équipe d’Italie championne du monde 1982, incarne pour les Florentins ce que Totti représente pour les Romains : la fidélité absolue à un club et à une ville.
L’ère Batistuta et Rui Costa
Les années 90 et le début des années 2000 marquent l’ère Batistuta. L’attaquant argentin arrive en 1991 et reste neuf saisons à Florence (1991-2000), inscrivant 207 buts en 333 matchs toutes compétitions confondues. Surnommé “Batigol”, il devient une icône absolue, célébré à Florence comme un héros antique. Sa fidélité à un club qui a connu une descente en Serie B (1993, immédiatement remontée en 1994) est saluée par les supporters comme un acte d’amour.
Aux côtés de Batistuta, plusieurs autres talents marquent la décennie : Roberto Baggio (passé brièvement de Florence à la Juventus en 1990, dans un transfert qui avait provoqué des émeutes en ville), Rui Costa, élégant meneur de jeu portugais, Edmundo l’attaquant brésilien explosif, Stefano Fiore, Manuel Rui Costa (oui, lui aussi). L’équipe de la fin des années 90 est l’une des plus séduisantes du calcio.
La Fiorentina dispute la Champions League en 1999-2000 (poule de groupe) et 2000-2001 (élimination en deuxième phase). Mais la fragilité financière du club, sous la direction de la famille Cecchi Gori (cinéma et médias), va se révéler fatale au début des années 2000.

De la faillite 2002 à l’ère Commisso
En août 2002, la Fiorentina est déclarée en faillite. Le club, qui a accumulé des dettes considérables sous la gestion Cecchi Gori, doit recommencer en Serie C2, plus bas niveau professionnel italien. L’industriel toscan Diego Della Valle (groupe Tod’s, marque de chaussures et de maroquinerie) rachète le club et le refonde sous le nom de “Florentia Viola”, puis Fiorentina une fois autorisé à reprendre le nom historique.
Sous Della Valle (2002-2019), la Fiorentina remonte progressivement en Serie A (2004), retrouve les places européennes (Ligue Europa, demi-finale en 2015), forme des joueurs majeurs (Federico Bernardeschi, Federico Chiesa, Nikola Kalinić, Mauro Icardi). Mais l’objectif des grands titres reste hors d’atteinte. Della Valle finit par revendre le club à l’Italo-Américain Rocco Commisso (groupe Mediacom, télécommunications) en juin 2019.
Sous Commisso, la Fiorentina connaît une nouvelle phase de stabilisation. Le club a investi dans un nouveau centre d’entraînement (Viola Park, ouvert en 2023, l’un des plus modernes d’Europe) et atteint deux finales consécutives de Conference League (2023, 2024). La rénovation du stade Artemio Franchi reste un projet en discussion permanente avec la municipalité, en raison de son statut de monument historique protégé.
Pour aller plus loin sur le calcio italien, on a écrit un papier sur l’Atalanta Bergame et son miracle européen, ainsi que sur la Juventus, grand rival historique de la Fiorentina.
Ce qu’il faut retenir
- La Fiorentina a été fondée le 29 août 1926 à Florence par fusion du Club Sportivo Firenze et du Palestra Ginnastica Libertas.
- Le violet, couleur identitaire du club, est né en 1929 d’un accident de lavage qui a fait virer les maillots rouges et blancs.
- L’écusson intègre le giglio, le lys rouge sur fond blanc, emblème historique de Florence depuis le Moyen Âge.
- Deux Scudetti remportés en 1956 (sous Bernardini avec Julinho et Montuori) et 1969 (sous Pesaola avec Hamrin).
- Coupe des Coupes 1961 contre les Glasgow Rangers (4-1 sur les deux matchs), première édition historique de la compétition.
- Finale de Coupe d’Europe 1957 perdue contre le Real Madrid (2-0) à Madrid, sommet européen du club.
- Gabriel Batistuta a inscrit 207 buts en 333 matchs sous le maillot violet entre 1991 et 2000, devenant une icône absolue.
- Faillite en 2002 sous les Cecchi Gori, refondation par Diego Della Valle, puis rachat par Rocco Commisso en 2019.
Pour aller plus loin
Pour explorer d’autres figures du calcio italien, lisez nos papiers sur l’Atalanta Bergame et son miracle européen, sur la Juventus, rival historique de la Fiorentina, et sur le SSC Naples de Maradona à Spalletti. Notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A revient sur les pièces iconiques du calcio, dont le maillot violet unique de la Fiorentina.
Questions fréquentes
Quand la Fiorentina a-t-elle été fondée ?
La Fiorentina a été fondée le 29 août 1926 à Florence, par la fusion de deux clubs locaux : le Club Sportivo Firenze et le Palestra Ginnastica Libertas. L’initiative est portée par le marquis Luigi Ridolfi Vay da Verrazzano, qui souhaitait doter Florence d’un grand club représentatif.
Pourquoi la Fiorentina joue-t-elle en violet ?
Le violet est né en 1929 d’un accident : lors d’un lavage qui a mal tourné, les maillots rouges et blancs initiaux ont déteint et viré au violet. Plutôt que de jeter ces tenues coûteuses, le club a décidé de les adopter. Cette couleur unique dans le football mondial est devenue l’identité visuelle inséparable du club.
Combien de Scudetti la Fiorentina a-t-elle remportés ?
La Fiorentina a remporté deux Scudetti, en 1955-1956 et en 1968-1969. Le premier sous Fulvio Bernardini avec Julinho et Montuori, le second sous Bruno Pesaola avec Kurt Hamrin. Le club n’a plus reconquis le titre depuis, ce qui en fait l’une des grandes frustrations de son histoire.
Qui était Gabriel Batistuta à la Fiorentina ?
Gabriel “Batigol” Batistuta, attaquant argentin arrivé en 1991, est resté neuf saisons à la Fiorentina (1991-2000) et a inscrit 207 buts en 333 matchs. Il a accompagné le club dans sa descente en Serie B (1993) puis dans sa remontée immédiate. Sa fidélité a fait de lui une icône absolue à Florence.
Qui possède la Fiorentina aujourd’hui ?
L’Italo-Américain Rocco Commisso, fondateur du groupe de télécommunications Mediacom, a racheté la Fiorentina en juin 2019 à la famille Della Valle. Sous sa direction, le club a investi dans un nouveau centre d’entraînement (Viola Park) et atteint deux finales consécutives de Conference League en 2023 et 2024.
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