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Histoire Atlético Madrid : le club du peuple madrilène

Le 26 avril 1903, un groupe d’étudiants basques venus à Madrid pour suivre les cours de l’École des mines fonde un nouveau club de football. Ils l’appellent Athletic Club de Madrid, en référence à leur ville d’origine, Bilbao. Cent vingt ans plus tard, ce qui n’était au départ qu’une petite filiale provinciale est devenu l’un des clubs les plus titrés d’Espagne, avec 11 Liga, 10 Coupes du Roi, 3 Ligues Europa et trois finales de Ligue des Champions à son palmarès.

L’histoire de l’Atlético Madrid, c’est celle d’une institution qui a passé l’essentiel de son existence dans l’ombre du Real Madrid voisin, et qui a fini par transformer cette position en force. Cet article retrace les grandes étapes de la construction d’un club devenu le symbole de la résistance ouvrière dans la capitale espagnole, du Vicente Calderón au nouveau Riyadh Air Metropolitano.

1903 : la fondation par des étudiants basques

Tout commence avec une poignée d’étudiants basques inscrits à l’École des mines de Madrid au tout début du XXe siècle. Loin de leur Bilbao natal, ils décident de fonder un club qui sera la branche madrilène de l’Athletic Club de Bilbao. Le 26 avril 1903, l’acte officiel est signé. Parmi les fondateurs figurent Ramón de Arancibia et les frères Gortázar, qui posent la première pierre de ce qui deviendra l’Atlético de Madrid.

Les premières années sont modestes. Le club évolue à l’ombre du Madrid Football Club (futur Real Madrid), fondé un an avant lui en 1902. Pendant plusieurs décennies, l’Athletic de Madrid reste juridiquement lié à Bilbao avant de s’en émanciper officiellement en 1921. C’est à partir de cette date que le club commence à construire sa propre identité, distincte de celle de la maison mère basque.

En 1917, l’Atlético adopte sur son écusson l’ours et l’arbousier, symbole millénaire de la ville de Madrid. Ce détail compte : il marque la transformation d’une succursale provinciale en club madrilène à part entière, profondément enraciné dans la capitale.

Colchoneros : l’origine des rayures rouges et blanches

Le surnom le plus célèbre du club, “Los Colchoneros” (les fabricants de matelas), naît dans les années 1920. À l’époque, les matelas espagnols étaient confectionnés avec un tissu rayé rouge et blanc, exactement comme les maillots de l’Atlético. Les supporters et les journalistes commencent à utiliser le terme par dérision, avant qu’il ne devienne une marque de fierté.

Le rouge et blanc, le club l’a hérité directement de Bilbao. Mais les couleurs des shorts et des chaussettes, bleues, rappellent l’attachement à la capitale. Cette combinaison rouge, blanc et bleu fait partie intégrante de l’identité visuelle du club et n’a quasiment pas bougé en cent vingt ans, ce qui est rare dans le football moderne.

Dans les années 1970, un autre surnom apparaît : “Los Indios”. Il vient de la grande quantité de joueurs sud-américains alors recrutés par le club, à une époque où l’Atlético se distingue par sa stratégie atypique d’aller chercher des talents en Argentine, en Uruguay ou au Brésil quand la plupart des autres équipes européennes restent fermées sur le continent.

Le Metropolitano, stade de l'Atletico
Le Metropolitano, stade de l’Atletico

L’ère Luis Aragonés et les premières gloires

Si le Real Madrid domine l’Espagne dans les années 1950 et 1960, l’Atlético commence à grappiller des titres. Le club remporte sa première Liga en 1940, puis enchaîne plusieurs championnats dans les décennies suivantes. Mais c’est surtout l’arrivée de Luis Aragonés, d’abord comme joueur emblématique puis comme entraîneur, qui marque la véritable montée en puissance du club.

Aragonés est resté lié à l’Atlético pendant plus de quarante ans, comme joueur de 1964 à 1974, puis sur le banc à plusieurs reprises. C’est lui qui mène le club à la finale de la Coupe d’Europe en 1974, perdue de manière cruelle contre le Bayern Munich après prolongations (1-1, puis 4-0 lors du replay deux jours plus tard à Bruxelles). Cette finale reste l’un des grands traumatismes de l’histoire du club, mais aussi la preuve qu’il pouvait atteindre le sommet européen.

Pour se consoler, l’Atlético remporte la Coupe Intercontinentale 1974, en l’absence du Bayern qui décline l’invitation à affronter l’Independiente argentin. Le club remporte également la Coupe des Coupes 1962 contre la Fiorentina, ainsi que plusieurs Liga (1966, 1970, 1973, 1977) qui asseoient son statut de deuxième force du football espagnol derrière le Real Madrid.

Le doublé Liga-Coupe de 1996 sous Antic

Les années 1990 démarrent dans la difficulté pour l’Atlético, mais 1996 reste une saison à part. Sous la houlette du Serbe Radomir Antic, et avec un effectif emmené par Diego Simeone, Kiko, Pantić et l’attaquant bulgare Penev, le club réalise le doublé Liga plus Coupe du Roi. Une performance majuscule, alors que le Real et le Barça monopolisent presque toujours les trophées domestiques.

Ce sacre est resté dans la mémoire collective des supporters comme l’un des plus beaux moments du club avant l’ère moderne. Les ultras, regroupés au Frente Atlético, donnent au stade Vicente Calderón une atmosphère électrique tout au long de la saison. Le club confirme alors qu’il peut, à intervalles réguliers, briser le duopole castillan plus catalan.

L’Atlético dispute aussi la finale de la Coupe d’Europe 1974 (perdue contre le Bayern), bien avant ses deux finales modernes contre le Real Madrid. Le club n’a longtemps été qu’à un cheveu du sommet continental, sans jamais y accéder, ce qui a alimenté la frustration et la culture de la résistance qui caractérise encore aujourd’hui les Colchoneros.

La descente en deuxième division en 2000

Quatre ans seulement après le doublé historique, l’Atlético vit le pire moment de son histoire. À l’issue de la saison 1999-2000, le club est relégué en Segunda División après une saison catastrophique sur le plan sportif et institutionnel. Le président de l’époque, Jesús Gil, fantasque et controversé, laisse un club rongé par les problèmes financiers et judiciaires.

L’Atlético passe deux saisons en deuxième division, ce qui semble inimaginable pour un club de cette envergure. Le retour parmi l’élite intervient en 2002, mais il faudra plusieurs années avant que le club retrouve un niveau de jeu cohérent et un projet stable. Cette traversée du désert reste un repère dans l’histoire des Colchoneros, à la fois traumatisme et catharsis.

Le retour en haut du tableau se construit lentement, sous la présidence d’Enrique Cerezo et avec Miguel Ángel Gil Marín comme directeur général, fils de Jesús Gil. Le club se reconstruit sur des bases plus saines, mise sur la formation et sur des recrutements ciblés. C’est dans ce contexte qu’arrive l’homme qui va tout changer.

Diego Simeone, entraineur emblematique de l'Atletico
Diego Simeone, entraineur emblematique de l’Atletico

L’arrivée de Diego Simeone et le Cholismo

Décembre 2011 : Diego Pablo Simeone, ancien milieu de terrain argentin du club, est nommé entraîneur. Personne n’imagine alors que celui qu’on surnomme “El Cholo” va rester sur le banc plus de treize ans, devenant l’un des entraîneurs les plus durables et les plus influents du football européen contemporain.

Le “Cholismo” est devenu un concept à part entière. Football intense, défense en bloc, agressivité maximale dans le pressing, rituel de l’entraîneur en costume hurlant sur la touche, drapeaux et fumigènes au Vicente Calderón puis au Metropolitano. Simeone insuffle à l’Atlético une mentalité de chien de combat qui colle à l’identité ouvrière du club.

Sous Simeone, l’Atlético remporte la Liga 2013-2014, mettant fin à dix ans de duopole Real-Barça, puis la Liga 2020-2021. Trois Ligues Europa également (en comptant celles d’avant son arrivée, le total club est de trois en 2010, 2012 et 2018), trois Coupes du Roi, deux Supercoupes d’Europe et une Coupe du Roi 2013 remportée au Santiago Bernabéu, sur le terrain du grand rival.

Trois finales de Ligue des Champions et trois Ligues Europa

L’ère Simeone marque aussi le grand retour européen. En 2014, l’Atlético atteint la finale de la Ligue des Champions à Lisbonne, contre le Real Madrid. Mené 1-0 jusqu’à la 93e minute grâce à un but de Godín, le club s’incline 4-1 après prolongations. Sergio Ramos égalise à la 93e, puis le Real déroule en prolongation. Pour les Colchoneros, c’est l’un des plus grands traumatismes de leur histoire.

Deux ans plus tard, en 2016, rebelote. Finale à San Siro, encore contre le Real. Score nul 1-1 après prolongations, défaite aux tirs au but. Les supporters de l’Atlético portent encore aujourd’hui le souvenir de ces deux finales perdues comme une cicatrice ouverte. Mais cette régularité au plus haut niveau prouve que le club est revenu durablement parmi l’élite continentale.

Côté Ligue Europa, l’Atlético s’impose comme un spécialiste de la compétition : titres en 2010 (face à Fulham), 2012 (face à l’Athletic Bilbao) et 2018 (face à Marseille). Trois trophées qui confirment la capacité du club à aller chercher des titres internationaux malgré une concurrence Liga féroce. Pour aller plus loin sur le grand rival blanc, on a écrit un papier dédié à l’histoire complète du Real Madrid.


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Du Vicente Calderón au Metropolitano

Pendant près de cinquante ans, l’Atlético a joué au stade Vicente Calderón, inauguré en 1966 sur les bords du Manzanares. Cette enceinte de 54 000 places, célèbre pour son architecture suspendue au-dessus d’une voie rapide, a été le théâtre de toutes les grandes soirées du club entre 1966 et 2017. Le Calderón faisait partie intégrante de l’identité Colchonera.

En septembre 2017, le club déménage dans un nouveau stade, le Wanda Metropolitano (rebaptisé Riyadh Air Metropolitano en 2024), d’une capacité de 67 829 places. Implantée à l’est de Madrid, l’enceinte ultramoderne accueille immédiatement la finale de la Ligue des Champions 2019, gagnée par Liverpool contre Tottenham. Le Calderón, lui, est démoli en 2020, laissant place à un projet immobilier qui financera en partie le nouveau stade.

Le passage au Metropolitano marque une nouvelle étape pour le club, qui s’inscrit désormais dans le top des grandes infrastructures européennes. Le défi de Diego Simeone et de la direction est désormais de transformer cette modernité en titres durables, sans perdre l’âme populaire qui fait depuis toujours la spécificité de l’Atlético. Pour comprendre ce que représente l’autre face de la capitale, notre analyse du derby de Madrid détaille la rivalité avec le Real depuis 1929.

Ce qu’il faut retenir

  • L’Atlético de Madrid a été fondé le 26 avril 1903 par des étudiants basques venus à Madrid pour suivre les cours de l’École des mines.
  • Le club s’émancipe officiellement de l’Athletic Bilbao en 1921 et adopte sur son écusson l’ours et l’arbousier, symbole de Madrid, en 1917.
  • Surnommé “Los Colchoneros” depuis les années 1920 en référence aux matelas rayés rouge et blanc, le club a aussi été appelé “Los Indios” pour sa tradition de recrutement en Amérique du Sud.
  • Premier titre de Liga en 1940, doublé Liga plus Coupe du Roi en 1996 sous Radomir Antic, descente en Segunda División en 2000.
  • Diego Simeone arrive comme entraîneur en décembre 2011 et installe le “Cholismo”, un football de combat qui devient l’identité du club moderne.
  • Trois Ligues Europa (2010, 2012, 2018), deux Liga sous Simeone (2014, 2021), deux finales de Ligue des Champions perdues contre le Real Madrid (2014 et 2016).
  • Déménagement du Vicente Calderón au Metropolitano en septembre 2017, capacité 67 829 places, qui a accueilli la finale de la Ligue des Champions 2019.

Pour aller plus loin

L’histoire de l’Atlético est inséparable de celle de Madrid et de la Liga. Pour creuser le sujet, on vous recommande nos papiers sur le derby de Madrid Real-Atlético, sur l’histoire du Real Madrid qui partage la capitale depuis 1902, et sur l’Athletic Bilbao dont l’Atlético est juridiquement issu. Pour explorer plus largement la Liga, notre classement des plus beaux maillots de la Liga mentionne les rayures Colchoneras.

Questions fréquentes

Quand a été fondé l’Atlético de Madrid ?

L’Atlético de Madrid a été fondé le 26 avril 1903 par un groupe d’étudiants basques inscrits à l’École des mines de Madrid. Au départ, il s’agissait d’une branche madrilène de l’Athletic Club de Bilbao, avant que le club ne s’émancipe juridiquement en 1921.

Pourquoi appelle-t-on l’Atlético les Colchoneros ?

Le surnom “Colchoneros” (fabricants de matelas) date des années 1920. Le tissu utilisé alors pour fabriquer les matelas espagnols était rayé rouge et blanc, exactement comme les maillots du club. Le terme, d’abord moqueur, est devenu une marque de fierté pour les supporters.

Combien de Liga a remporté l’Atlético Madrid ?

L’Atlético compte 11 titres de Liga. Le premier date de 1940, le plus récent de la saison 2020-2021 sous la houlette de Diego Simeone. Le club a aussi remporté la Liga 2013-2014, mettant alors fin à dix ans de duopole Real Madrid plus FC Barcelone.

Pourquoi l’Atlético n’a-t-il jamais gagné la Ligue des Champions ?

Le club a disputé trois finales (1974 contre le Bayern Munich, 2014 et 2016 contre le Real Madrid) et les a toutes perdues. Les deux dernières, contre le voisin madrilène, restent des moments douloureux pour les Colchoneros. Le club a en revanche remporté trois Ligues Europa (2010, 2012, 2018).

Où joue l’Atlético Madrid aujourd’hui ?

Depuis septembre 2017, l’Atlético évolue au Riyadh Air Metropolitano (anciennement Wanda Metropolitano), d’une capacité de 67 829 places, situé à l’est de Madrid. Le stade a accueilli la finale de la Ligue des Champions 2019. Le club a quitté son ancien stade Vicente Calderón, démoli en 2020.

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