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Histoire Inter Milan : Nerazzurri, Grande Inter et triplé 2010

Le 9 mars 1908, dans un restaurant de Milan, un groupe de dissidents quitte le Milan Foot-Ball and Cricket Club. Leur grief : le club mère refuse d’accueillir des joueurs étrangers. Ils fondent ce jour-là le Football Club Internazionale Milano, dont le nom même est un manifeste : Internazionale, ouvert au monde, contre le repli identitaire qu’ils dénoncent. L’Inter Milan vient de naître, et avec lui le derby le plus passionnel d’Italie.

Plus de 115 ans plus tard, l’Inter Milan compte 20 Scudetti, trois Ligues des Champions et reste l’un des clubs les plus titrés d’Italie. Cet article retrace l’histoire des Nerazzurri, de la fondation de 1908 à la Grande Inter de Helenio Herrera, du triplé de 2010 sous Mourinho à la résurrection moderne sous Simone Inzaghi.

histoire inter milan, photo du stade
San Siro, Inter Milan

1908, la fondation par les dissidents

Le 9 mars 1908, 44 dissidents du Milan AC se réunissent au restaurant L’Orologio, via Manzoni à Milan. Ils sont menés par le peintre Giorgio Muggiani, qui dessinera le premier écusson du club, ainsi que par un noyau d’industriels et d’amateurs du jeu venus d’horizons divers. Le nom choisi, Football Club Internazionale Milano, est un parti pris politique autant que sportif : refuser le repli identitaire, accueillir des joueurs de toutes nationalités.

Les couleurs noir et bleu (nerazzurri) sont également choisies par opposition au rouge et noir milaniste. Le surnom “Nerazzurri” en découle, mais l’Inter cultive aussi d’autres surnoms : “Beneamata” (la Bien-Aimée), “Biscione” (le Grand Serpent, animal qui figure sur les armoiries de Milan et a inspiré le logo). Le premier Scudetto arrive dès 1910, deux ans après la fondation, signe d’une montée en puissance rapide.

Cette identité internationaliste sera mise à mal sous le régime fasciste, qui imposera au club de s’appeler Ambrosiana Inter (du nom du saint patron de Milan, Ambroise) entre 1928 et 1945, par refus du préfixe “Internazionale” jugé trop universaliste. Le club retrouvera son nom officiel à la fin de la guerre.

L’ère Giuseppe Meazza et les premiers Scudetti

Dans les années 1920 et 1930, l’Inter trouve son premier joueur de légende : Giuseppe Meazza. Né à Milan en 1910, “Peppino” rejoint le club junior à 14 ans et débute en équipe première à 17 ans. Sa technique, son sens du but, sa polyvalence en font une star immédiate. Il remportera deux Coupes du Monde avec l’Italie (1934, 1938) et restera identifié à l’Inter, avec un total de 284 buts en 408 matchs, record absolu du club.

Sous l’ère Meazza, l’Inter (ou Ambrosiana à l’époque) remporte trois Scudetti dans les années 30. Le club s’installe au stade San Siro en 1947, qu’il partagera désormais avec le Milan AC. Le stade prend le nom de Giuseppe Meazza en 1980, deux ans après la mort de l’attaquant, en hommage à la double appartenance de la légende qui avait également joué pour le Milan AC en fin de carrière.

Les années 50 sont plus discrètes, mais les bases sont posées. L’Inter possède une identité claire (l’ouverture internationale, le talent technique, l’élégance), un stade légendaire et une légende incarnée. Tout est en place pour la décennie qui va sublimer le club : la Grande Inter.

San Siro, stade partage Inter-Milan
San Siro, stade partagé par l’Inter et le Milan AC

Helenio Herrera et la Grande Inter

L’arrivée de l’entraîneur argentin Helenio Herrera en 1960 marque le début de la période la plus glorieuse du club. “HH”, comme on le surnomme, impose un style inédit : le catenaccio, défense ultra-organisée à cinq, libéro derrière, contre-attaques rapides. Sa méthode, controversée mais redoutablement efficace, va dominer le football européen pendant cinq saisons.

Sous Herrera, l’Inter compte sur des joueurs majeurs : Sandro Mazzola (fils de Valentino, mort dans la tragédie de Superga avec le Grande Torino), Luis Suárez l’Espagnol (Ballon d’Or 1960), Giacinto Facchetti, défenseur latéral révolutionnaire qui sera l’inventeur du rôle de back attaquant, Armando Picchi en libéro, Mario Corso à la passe.

Le palmarès est éblouissant : trois Scudetti (1963, 1965, 1966), deux Coupes d’Europe consécutives (1964 contre le Real Madrid 3-1 à Vienne, 1965 contre Benfica 1-0 à San Siro), deux Coupes Intercontinentales contre Independiente. Cette Grande Inter est, avec le Real Madrid des années 50 et le Bayern des années 70, l’une des trois plus grandes équipes européennes des années 60.

Des années 70 à 90, la Beneamata des passionnés

Après le départ de Herrera en 1968, l’Inter alterne entre périodes brillantes et traversées du désert. Trois Scudetti dans les années 70 et 80 (1971, 1980, 1989), une Coupe UEFA en 1991 contre l’AS Roma, mais pas de retour au sommet européen. Le club s’appuie sur des stars italiennes (Mazzola, Bergomi, Bagni) et étrangères (les Allemands Karl-Heinz Rummenigge dans les années 80, Lothar Matthäus, Andreas Brehme et Jürgen Klinsmann pour le titre de 1989).

Jose Mourinho, artisan du triple 2010
Jose Mourinho, artisan du triple 2010

L’arrivée de Giovanni Trapattoni à la fin des années 80 marque un retour à l’élégance tactique, mais le club ne parvient pas à reproduire la domination du Milan voisin. La rivalité avec le Milan de Sacchi puis Capello marque cette période, avec une infériorité sportive frustrante pour les nerazzurri qui voient les rossoneri rafler titres nationaux et européens.

Le surnom “Beneamata” (Bien-Aimée) prend alors tout son sens. Pendant ces décennies de demi-réussite, les supporters interistes restent fidèles, presque par défi, au club qu’ils aiment d’un amour qui ne se mesure pas aux trophées. Cette identité de “fidèles dans la difficulté” structure encore aujourd’hui une partie de la culture supportériste interiste.

Ronaldo, Zanetti et la longue traversée du désert

1997 marque l’arrivée de Ronaldo Luís Nazário de Lima, l’attaquant brésilien alors considéré comme le meilleur joueur du monde. Le Phénomène signe pour 27 millions d’euros, record mondial à l’époque, et passe cinq saisons à Milan (1997-2002). Il y inscrit des buts d’anthologie mais subit aussi de très graves blessures aux genoux qui briseront sa carrière interiste, malgré son talent intact.

Cette période est aussi marquée par l’arrivée de Javier Zanetti, latéral argentin qui deviendra le capitaine emblématique du club. “El Tractor” jouera 858 matchs sous le maillot interiste entre 1995 et 2014, soit 19 saisons, devenant l’un des plus grands one-club men du football européen. Il porte le brassard de capitaine pendant 13 ans, traversant les années sombres comme les triomphes.

Pourtant, malgré Ronaldo, Zanetti, Crespo, Vieri ou Recoba, l’Inter ne remporte aucun Scudetto entre 1989 et 2006. C’est la plus longue disette de l’histoire moderne du club, ponctuée par la finale perdue de Coupe UEFA 1997 et un classico de la frustration. La résurrection viendra paradoxalement d’un scandale.

Javier Zanetti, capitaine eternel de l'Inter
Javier Zanetti, capitaine eternel de l’Inter

Mourinho et le triplé historique de 2010

L’affaire Calciopoli en 2006 change la donne. La Juventus est rétrogradée en Serie B et perd ses titres 2004-2005 et 2005-2006 (le second est attribué à l’Inter), le Milan est sanctionné de 30 points (puis 8 après appel) pour la saison 2006-2007. L’Inter, épargnée, devient la grande gagnante d’un calcio en pleine remise à zéro et remporte cinq Scudetti consécutifs entre 2006 et 2010.

Le sommet est atteint en 2010 sous José Mourinho, nommé entraîneur en 2008. Le Portugais construit une équipe parfaitement équilibrée autour de Wesley Sneijder, Diego Milito, Samuel Eto’o, Esteban Cambiasso et Lúcio. La saison 2009-2010 voit l’Inter remporter trois trophées majeurs : Serie A (cinquième titre consécutif), Coppa Italia, et surtout Ligue des Champions.

La finale du 22 mai 2010 à Madrid contre le Bayern Munich (2-0, doublé de Diego Milito) couronne ce triplé historique. L’Inter devient le premier (et toujours unique) club italien à réaliser le triplé Serie A, Coupe d’Italie, Ligue des Champions dans la même saison. Mourinho quitte le club juste après, direction le Real Madrid, et l’Inter ne retrouvera pas immédiatement ce niveau.

Conte, Inzaghi et la renaissance moderne

Après l’ère Mourinho, l’Inter traverse une nouvelle décennie de demi-mesure. Il faut attendre l’arrivée d’Antonio Conte en 2019 pour voir le club retrouver le sommet. Conte impose son 3-5-2 et son intensité physique, et arrache à la Juventus le Scudetto 2020-2021, premier titre interiste depuis 11 ans. Mais Conte part dès l’été 2021 après un désaccord avec la direction sur le budget.

Simone Inzaghi prend le relais et stabilise l’équipe. Sous sa direction, l’Inter remporte un Scudetto en 2024, atteint la finale de Ligue des Champions 2023 (perdue 1-0 contre Manchester City à Istanbul) et celle de 2025. L’effectif s’appuie sur Lautaro Martínez, Marcus Thuram, Nicolò Barella, Hakan Çalhanoğlu (passé du Milan à l’Inter, fait rare et controversé), et le Néerlandais Denzel Dumfries.

Cette résurrection moderne place à nouveau l’Inter en haut du calcio italien, avec une identité tactique forte et une ossature renouvelée. Les rivalités avec le Milan AC voisin et la Juventus restent les fils rouges du championnat italien.

Suning, Oaktree, les propriétaires de l’ère mondialisée

Sur le plan capitalistique, l’Inter a connu plusieurs cycles de propriétaires. La famille Moratti, dont Massimo Moratti a été président de 1995 à 2013, marque l’ère post-Calciopoli et le triplé de 2010. Puis la cession aux Indonésiens de Erick Thohir en 2013, suivie de l’arrivée du groupe chinois Suning Holdings en 2016.

Les difficultés financières de Suning, aggravées par la crise du Covid et les régulations chinoises sur l’investissement à l’étranger, ont conduit à un transfert de contrôle au fonds américain Oaktree Capital Management en mai 2024, après le défaut de paiement d’un prêt. Ce changement de propriétaire pose la question de l’avenir du modèle économique du club, qui reste une référence pour son recrutement intelligent et son équilibre financier en Serie A.

Pour comprendre la rivalité avec le grand voisin, on a écrit un papier sur le Derby della Madonnina, plus de 240 confrontations. Et pour la suite du calcio, notre papier sur les 125 ans de la Juventus revient sur le grand rival historique de l’Inter dans la course aux Scudetti.

Ce qu’il faut retenir

  • L’Inter Milan a été fondé le 9 mars 1908 par 44 dissidents du Milan AC qui voulaient accueillir des joueurs étrangers.
  • Le nom “Internazionale” et le surnom “Nerazzurri” reflètent une identité ouverte, par opposition au club mère.
  • Giuseppe Meazza, légende du club, détient le record de 284 buts en 408 matchs et a donné son nom au stade de San Siro.
  • La Grande Inter de Helenio Herrera (1960-1968) a remporté trois Scudetti, deux Coupes d’Europe (1964, 1965) et imposé le catenaccio.
  • Triplé historique en 2010 sous José Mourinho : Serie A, Coppa Italia et Ligue des Champions, premier club italien à réussir cet exploit.
  • Javier Zanetti reste le symbole de la fidélité interiste : 858 matchs en 19 saisons, 13 ans de capitanat.
  • L’Inter compte 20 Scudetti et 3 Ligues des Champions (1964, 1965, 2010), parmi les clubs les plus titrés d’Italie.
  • Le club a changé plusieurs fois de propriétaires : Moratti, Thohir, Suning depuis 2016, puis Oaktree Capital depuis mai 2024.

Pour aller plus loin

Pour explorer les autres grands du calcio, lisez nos papiers sur le Milan AC et son ère Sacchi-Berlusconi, sur la Juventus et l’empire Agnelli, et sur le Derby della Madonnina. Notre top 10 des plus beaux maillots de Serie A revient sur les pièces iconiques du calcio italien, dont le maillot nerazzurro porté par Zanetti et Milito.

Questions fréquentes

Pourquoi l’Inter Milan a-t-il été créé ?

L’Inter Milan a été fondé le 9 mars 1908 par 44 dissidents du Milan Foot-Ball and Cricket Club. Ils contestaient le refus du club mère d’accueillir des joueurs étrangers et ont fondé un nouveau club affirmant son ouverture internationale, d’où le nom Football Club Internazionale Milano.

Qu’est-ce que la Grande Inter ?

La Grande Inter désigne l’équipe dirigée par l’entraîneur argentin Helenio Herrera entre 1960 et 1968. Avec des joueurs comme Mazzola, Suárez et Facchetti, elle a remporté trois Scudetti, deux Coupes d’Europe consécutives (1964 et 1965) et deux Coupes Intercontinentales, en imposant le catenaccio comme système tactique.

Quel est le palmarès européen de l’Inter Milan ?

L’Inter Milan compte trois Coupes d’Europe ou Ligues des Champions : 1964 (3-1 contre le Real Madrid à Vienne), 1965 (1-0 contre Benfica à San Siro) et 2010 (2-0 contre le Bayern Munich à Madrid). Le club a également remporté trois Coupes UEFA et trois Coupes Intercontinentales.

Qu’est-ce que le triplé de 2010 ?

Le triplé désigne la conquête de trois trophées majeurs dans la même saison : Serie A, Coupe d’Italie et Ligue des Champions. L’Inter Milan, sous José Mourinho lors de la saison 2009-2010, est devenu le premier (et toujours seul) club italien à réussir cet exploit historique.

Pourquoi le stade s’appelle-t-il aussi Giuseppe Meazza ?

Le stade San Siro a été officiellement renommé Giuseppe Meazza en 1980, deux ans après la mort de la légende du club. Meazza, capitaine de l’Italie championne du monde 1934 et 1938, a joué pour les deux clubs milanais, ce qui en fait une figure unique dans l’histoire du derby de Milan.

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