En décembre 1985, un petit groupe d’adolescents installés en tribune Boulogne au Parc des Princes décide de structurer leur passion en créant un nom : les Boulogne Boys. C’est le premier groupe ultra de l’histoire du PSG, et le point de départ d’une saga tribunes qui va s’étirer sur quatre décennies, marquée par l’apogée, la division, la tragédie de 2010 et finalement le retour des virages au début de la saison 2016-17.
Cet article retrace l’histoire des ultras du PSG : la naissance du Kop de Boulogne, l’apparition du Virage Auteuil dans les années 1990, la rivalité de plus en plus violente entre les deux tribunes, le drame de Yann Lorence en février 2010, le plan Leproux qui a vidé le Parc de ses ultras pendant six ans, et le retour orchestré du Collectif Ultras Paris en 2016.

La naissance du Kop de Boulogne (1976-1985)
Tout commence en septembre 1976. Le PSG, qui cherche à attirer les jeunes au Parc des Princes, lance une politique de tarifs réduits dans une section spécifique : la Kop K, située dans la tribune K, alors la moins cotée de l’enceinte. Quelques centaines de jeunes Parisiens s’y installent et commencent à donner de la voix, à l’image des kops anglais et écossais qui inspirent l’époque.
Quand les tarifs augmentent à l’été 1978, ces jeunes supporters migrent vers la tribune Boulogne, l’autre virage du stade, et y reconstituent leur kop. Le Kop of Boulogne, ou KoB, est né. Il devient rapidement la tribune la plus animée et la plus identifiée du Parc des Princes, avec ses chants, ses banderoles et ses figures.
Pour comprendre dans quel cadre architectural ces tribunes prennent forme, lisez notre histoire du Parc des Princes, qui détaille l’organisation des virages dans le stade Taillibert ouvert en 1972.
Les Boulogne Boys et la culture ultra (1985-1991)
Décembre 1985 marque un tournant. Un noyau du Kop de Boulogne fonde les Boulogne Boys, premier groupe ultra structuré du PSG. La culture ultra est encore récente en France : elle s’inspire alors directement des modèles italiens (Tifosi de la Roma, du Milan, de l’Inter), avec leurs banderoles géantes, leurs tifos coordonnés, leurs déplacements en masse.
D’autres groupes apparaissent autour des Boulogne Boys au fil des années 1980 : Gavroches, Rangers, Commando Pirate. Cette dynamique fait de Boulogne l’une des tribunes les plus bouillonnantes du football français. Mais une partie de cette mouvance dérive aussi vers la violence et le hooliganisme, avec des éléments d’extrême droite qui prennent une place de plus en plus visible.
Les premiers incidents racistes en tribune se multiplient à la fin des années 1980, créant un malaise profond. Le club est conscient du problème mais peine à y répondre, dans un contexte où les autorités françaises tardent à se doter d’outils pour réguler les tribunes.

Le Virage Auteuil et sa contre-culture (1991-2000)
Quand Canal+ rachète le PSG en 1991, le nouveau président Michel Denisot fait un pari fort : il crée le Virage Auteuil, à l’autre bout du stade, avec une politique tarifaire favorable aux jeunes issus des quartiers populaires de l’agglomération parisienne. L’idée est claire : ouvrir une seconde tribune, plus diverse socialement et culturellement, pour faire contrepoids au Kop de Boulogne.
Trois grands groupes structurent rapidement Auteuil. Les Supras Auteuil, fondés en septembre 1991, donnent le ton. Lutèce Falco suit en octobre 1991. Tigris Mystic, fondé fin 1993, devient à partir de 1997 la force motrice de la tribune. La culture y est ouvertement antiraciste, multiculturelle, marquée à gauche, en opposition frontale à certains éléments du KoB.
Les années 1990 voient ainsi cohabiter au Parc deux univers très différents qui chantent pourtant pour le même club. Cette dualité fait la richesse mais aussi la fragilité du modèle : la rivalité entre Boulogne et Auteuil va monter en puissance pendant deux décennies, jusqu’au point de rupture.
La guerre des tribunes (2000-2010)
Pendant les années 2000, les tensions entre Boulogne et Auteuil s’aggravent. Les bagarres entre les deux tribunes, parfois en marge des matchs, parfois directement à l’intérieur du stade, deviennent récurrentes. Le club et la préfecture multiplient les dispositifs de séparation, sans parvenir à éteindre la guerre interne.
Cette période coïncide avec une décennie sportivement décevante pour le PSG, racontée plus en détail dans notre histoire complète du club. Les résultats sportifs ne nourrissent plus l’unité, et les rivalités identitaires prennent le dessus. Auteuil reproche à Boulogne ses dérives racistes, Boulogne accuse Auteuil de monopoliser le contrôle économique et symbolique des tribunes.
Les autorités sportives et publiques s’inquiètent. Plusieurs procédures administratives sont lancées contre les Boulogne Boys, dissous officiellement en 2008 par le ministère de l’Intérieur après des incidents racistes, puis recréés sous d’autres noms. Le climat est devenu intenable et un drame finit par éclater.
Février 2010 : la mort de Yann Lorence
Le 28 février 2010, en marge d’un PSG-OM au Parc des Princes, un affrontement éclate entre supporters parisiens à proximité du stade. Yann Lorence, 38 ans, supporter affilié au mouvement Boulogne, est grièvement blessé lors de cette bagarre intra-PSG opposant Boulogne à Auteuil. Il décède le 1er avril 2010 des suites de ses blessures.
Ce drame change tout. Pour la première fois, un supporter du PSG est mort dans un affrontement entre tribunes du même club. Le club et les pouvoirs publics ne peuvent plus se contenter de réguler à la marge. La direction du PSG, alors présidée par Robin Leproux, prépare une réponse radicale qui va vider le Parc des Princes de ses ultras pendant six ans.

Le plan Leproux : six ans sans ultras (2010-2016)
Au printemps 2010, Robin Leproux annonce le plan qui portera son nom. Tous les groupes de supporters identifiés sont interdits d’accès au stade, les abonnements en virage sont suspendus, les places en Boulogne et Auteuil sont mises en vente individuellement à chaque match selon un système de placement aléatoire. Tifos, fumigènes, banderoles disparaissent du Parc des Princes.
L’effet sécuritaire est réel : les violences entre supporters parisiens s’effondrent. Mais l’effet ambiance est tout aussi spectaculaire. Pendant six saisons, le Parc des Princes ressemble à un théâtre poli, où l’on applaudit les buts et chante quelques refrains sans jamais retrouver la ferveur des grands soirs européens. Les supporters historiques, dispersés, organisent leur résistance à l’extérieur du stade.
Cette politique fait débat. Elle coïncide aussi avec l’arrivée du Qatar et l’entrée du club dans une nouvelle ère, où l’on cible une clientèle plus internationale et moins issue des quartiers parisiens. Pour beaucoup, le plan Leproux a coupé le PSG d’une partie de sa base populaire historique.
2016 : le retour avec le Collectif Ultras Paris
En mai 2016, les anciens représentants des principaux groupes d’Auteuil se rassemblent et créent le Collectif Ultras Paris (CUP). L’objectif est clair : construire une structure unique, capable d’engager le dialogue avec la direction du club et de proposer un retour ordonné des ultras au Parc des Princes, dans des conditions négociées.
L’accord est trouvé à l’automne 2016. À partir d’octobre, le CUP réinvestit la tribune Auteuil. Les premières banderoles, les premiers tifos, les premiers chants coordonnés réapparaissent au Parc. La tribune Boulogne reste, elle, neutralisée pendant plusieurs années encore. Pour la première fois depuis février 2010, le Parc retrouve une vraie ferveur de virage.

Le Parc aujourd’hui : virages réinvestis
Depuis 2016, le CUP s’est imposé comme l’interlocuteur naturel du club pour tout ce qui concerne l’ambiance des tribunes. Les tifos des grandes soirées européennes, les chorégraphies des matchs face à Marseille ou au Real Madrid, les déplacements organisés à l’extérieur sont sa marque de fabrique. Sa présence a participé à recréer le climat des grandes nuits du Parc.
Plus récemment, le contrôle s’est étendu à la tribune Boulogne, qui a été réinvestie par le mouvement ultra. Les deux virages parisiens battent désormais à l’unisson, sous la coordination du CUP, ce qui contraste avec la décennie de guerre interne des années 2000. Cette dynamique a accompagné le sacre européen de 2025, raconté dans notre article sur la première Ligue des Champions du PSG.
Ce qu’il faut retenir
- Le Kop of Boulogne (KoB) est né en 1978 à la tribune Boulogne, après la migration de la Kop K depuis 1976.
- Les Boulogne Boys, fondés en décembre 1985, sont le premier groupe ultra structuré du PSG.
- Le Virage Auteuil émerge en 1991 sous l’impulsion de Canal+, avec les Supras Auteuil, Lutèce Falco et Tigris Mystic.
- Pendant les années 2000, la rivalité entre Boulogne et Auteuil dégénère en violences récurrentes.
- En février 2010, Yann Lorence est mortellement blessé lors d’un affrontement intra-PSG en marge d’un PSG-OM.
- Le plan Leproux (2010-2016) interdit les groupes ultras et impose des places aléatoires en virage pendant six saisons.
- Le Collectif Ultras Paris (CUP), créé en mai 2016, négocie le retour des ultras au Parc dès l’automne 2016 et anime aujourd’hui les deux virages.
Pour aller plus loin
Pour creuser le contexte des tribunes parisiennes, on vous recommande nos articles sur l’histoire du Parc des Princes, sur l’histoire complète du PSG, sur la rivalité OM-PSG qui a rythmé tant de samedis soirs en tribune, et sur la première Ligue des Champions du PSG portée par les virages réinvestis.
Questions fréquentes
Quel est le premier groupe ultra du PSG ?
Les Boulogne Boys, fondés en décembre 1985 à la tribune Boulogne du Parc des Princes, sont le premier groupe ultra structuré dans l’histoire du PSG. Ils ont posé les bases de la culture ultra parisienne.
Pourquoi y avait-il deux tribunes opposées au Parc des Princes ?
Le Kop de Boulogne, plus ancien, et le Virage Auteuil, créé à partir de 1991 sous l’impulsion de Canal+, incarnaient deux cultures supporters distinctes. Boulogne penchait à droite et certains éléments dérivaient vers le racisme, tandis qu’Auteuil affichait une identité multiculturelle et antiraciste.
Qu’est-ce que le plan Leproux ?
Le plan Leproux, mis en place en 2010 par le président du PSG Robin Leproux après la mort de Yann Lorence, a interdit les groupes ultras au Parc des Princes pendant six saisons. Les places en virage étaient attribuées aléatoirement, les abonnements suspendus, et tout signe distinctif d’un groupe interdit.
Quand les ultras sont-ils revenus au Parc des Princes ?
Le retour officiel des ultras a eu lieu à l’automne 2016, sous l’impulsion du Collectif Ultras Paris (CUP) créé en mai de la même année. Le CUP réinvestit d’abord la tribune Auteuil avant d’étendre progressivement son action à l’ensemble des virages.
Qu’est-ce que le Collectif Ultras Paris ?
Le Collectif Ultras Paris (CUP) est l’organisation qui regroupe les ultras du PSG depuis mai 2016. Issu des anciens groupes d’Auteuil, il anime les tribunes du Parc des Princes en lien négocié avec le club et a notamment porté les grandes ambiances du sacre européen 2025.
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