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Real Sociedad histoire : San Sebastián et le beau jeu

San Sebastián, capitale balnéaire du Pays basque espagnol, ne ressemble à aucune autre ville. La baie de la Concha, les pintxos sur le Parte Vieja, l’élégance discrète de ses rues : tout respire un certain art de vivre. Et au cœur de cette identité, un club de football qui en est l’expression sportive depuis 1909, la Real Sociedad. Bleu et blanc, basque jusqu’au bout des crampons, et porteur d’un palmarès plus solide qu’on ne le croit souvent.

Champion d’Espagne deux fois consécutivement en 1981 et 1982, vainqueur de la Coupe du Roi 2020 dans une finale unique en pleine pandémie, club formateur à l’origine de Xabi Alonso, Antoine Griezmann ou Mikel Oyarzabal, la Real Sociedad mérite plus qu’une mention dans l’histoire de la Liga. Cet article retrace son parcours, de la fondation aux années glorieuses sous Alberto Ormaechea jusqu’au renouveau actuel sous Imanol Alguacil.

1909 : la fondation à San Sebastián

La Real Sociedad de Fútbol est officiellement fondée le 7 septembre 1909, dans une ville où le football était déjà pratiqué depuis quelques années par des marins anglais et irlandais venus dans le port de San Sebastián. Le sport gagne rapidement les classes aisées de la ville, qui voient en lui une activité moderne et internationale.

Le titre “Real” lui est accordé en 1910 par le roi Alphonse XIII, qui passait régulièrement ses étés à San Sebastián, où la cour royale espagnole avait pris ses habitudes. Cette distinction royale donne au club une légitimité institutionnelle immédiate, et marque le début d’une ascension rapide dans le football basque puis espagnol.

Dès les premières années de la Liga, créée en 1928-1929, la Real Sociedad fait partie des dix clubs fondateurs et s’impose comme une force régulière du championnat. Le club évolue en permanence dans l’élite (avec quelques courtes parenthèses en deuxième division), ce qui en fait l’un des clubs les plus stables de la Liga sur la durée.

Le bleu et blanc, marque txuri-urdin

Les couleurs bleu et blanc, qui font la marque de fabrique du club, sont adoptées dès la fondation. En basque, on dit “txuri-urdin” (blanc-bleu), terme repris en surnom officieux pour désigner aussi bien l’équipe que les supporters. Le maillot domicile alterne traditionnellement les rayures bleues et blanches verticales, dans un style proche de plusieurs autres clubs européens (Argentine, Espanyol Barcelone, etc.).

L’écusson du club intègre les armoiries de la ville de San Sebastián, avec une couronne royale rappelant le titre “Real”. Au fil des décennies, la silhouette générale a peu changé, traduisant un attachement à l’héritage visuel. Les maillots changent chaque saison comme partout, mais le bleu et blanc reste la signature impossible à modifier.

Le surnom “Erreala” (la Real, en basque) est employé localement, tandis que la presse espagnole utilise plutôt “los Donostiarras” (les habitants de Donostia, nom basque de San Sebastián). Tous ces marqueurs identitaires renforcent l’enracinement régional du club, profondément lié à sa ville et à sa province (Guipuscoa).

L'Anoeta, stade de la Real Sociedad
L’Anoeta, stade de la Real Sociedad

1981-1982 : le double titre Liga sous Ormaechea

Le sommet de l’histoire de la Real Sociedad reste les saisons 1980-1981 et 1981-1982, où le club remporte deux titres de Liga consécutifs sous la houlette d’Alberto Ormaechea. C’est un exploit sportif majeur, à une époque où le Real Madrid et le FC Barcelone dominent largement le championnat espagnol. Avec un effectif quasi exclusivement basque, la Real prouve qu’on peut gagner contre les géants en restant fidèle à une identité.

L’équipe championne s’appuie sur des joueurs comme le gardien Luis Arconada, capitaine emblématique et international espagnol qui a disputé la finale de l’Euro 1984, l’attaquant Roberto López Ufarte (international également), Jesús María Satrústegui (qui inscrira 163 buts pour le club au total), et le milieu Periko Alonso, père du futur Xabi Alonso. Tous formés ou intégrés au moule basque.

Ces deux titres restent les seuls de la Real Sociedad en Liga. Mais ils suffisent à inscrire le club dans le très petit cercle des équipes ayant remporté plus d’un championnat espagnol consécutif. Aux côtés du Real, du Barça, de l’Atlético, de l’Athletic et du Valence, c’est un repère qui a structuré la fierté de plusieurs générations de supporters donostiarras.

La cantera basque jusqu’en 1989

Comme l’Athletic Bilbao, la Real Sociedad a longtemps appliqué une politique de recrutement exclusivement basque. Cette règle non écrite, héritée des origines du club, a été respectée jusqu’à la fin des années 1980. Pendant 80 ans, seuls des joueurs nés ou formés au Pays basque pouvaient porter le maillot blanc et bleu.

Le tournant arrive en 1989, quand la direction du club décide d’abandonner cette règle. L’arrivée de l’attaquant irlandais John Aldridge, en provenance de Liverpool, marque la fin d’une époque. Cette ouverture suscite des débats internes intenses chez les supporters, partagés entre la fidélité à la tradition basque et la nécessité de rester compétitif dans un football qui se mondialise rapidement.

Aujourd’hui, la Real Sociedad combine recrutement international et formation locale, avec un centre de formation à Zubieta qui continue de produire des joueurs de niveau Liga. La différence avec l’Athletic Bilbao reste fondamentale : Donostia recrute désormais des étrangers, Bilbao non. Pour comprendre la philosophie de l’autre club basque, notre papier sur l’Athletic Bilbao détaille la fameuse règle de la cantera.

Reale Arena, le stade rénové d’Anoeta

Le stade de la Real Sociedad, c’est l’Anoeta, désormais nommé Reale Arena après un accord de naming en 2019 (Reale est une compagnie d’assurances). Inauguré en 1993 pour remplacer l’ancien stade d’Atocha, l’enceinte a été entièrement rénovée entre 2017 et 2019, avec la suppression de la piste d’athlétisme qui éloignait les tribunes du terrain.

La capacité actuelle est d’environ 40 000 places, avec une atmosphère devenue plus intense depuis la rénovation, qui a rapproché les supporters du jeu. Reale Arena fait désormais partie des stades les plus modernes de la Liga, tout en gardant une dimension humaine qui lui évite la froideur des grandes enceintes anonymes.

Le complexe accueille également d’autres événements sportifs (rugby avec le Biarritz Olympique pour des matchs de Coupe d’Europe), et reste un lieu central de la vie basque sportive. La proximité avec la baie de la Concha et le centre de San Sebastián en fait l’un des stades les plus agréables à visiter en Espagne.


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De Xabi Alonso à Antoine Griezmann

La cantera de Zubieta est l’une des meilleures écoles de formation espagnoles. Elle a vu éclore plusieurs joueurs majeurs des dernières décennies. Xabi Alonso, fils du champion 1981, y a débuté professionnellement avant de partir à Liverpool en 2004. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs au monde après son passage au Bayer Leverkusen.

Antoine Griezmann, formé en partie au club après avoir quitté Mâcon à 13 ans, a porté le maillot blanc et bleu de 2009 à 2014 avant de rejoindre l’Atlético Madrid. C’est à San Sebastián qu’il a appris le football professionnel, dans une équipe alors entraînée par Philippe Montanier puis David Moyes. Sa carrière internationale doit énormément à ce passage formateur.

D’autres figures jalonnent l’histoire récente : Carlos Vela, Asier Illarramendi, Mikel Merino, Ander Barrenetxea. La capacité du club à faire émerger des joueurs internationaux à partir d’un bassin régional limité reste l’une de ses grandes forces. Une réputation qui attire aussi les jeunes talents et les recruteurs des plus grands clubs européens.

L’ère Imanol Alguacil et la Coupe du Roi 2020

Imanol Alguacil, ancien joueur du club et formé à Zubieta, devient entraîneur principal en décembre 2018. Il va imposer un style de jeu offensif, basé sur la possession, le pressing haut et la formation des jeunes. Sous sa houlette, la Real retrouve les places européennes saison après saison, après une longue traversée du désert dans le ventre mou de la Liga.

Le sommet de cette ère, c’est la Coupe du Roi 2020. La finale, disputée le 3 avril 2021 (en raison du décalage lié à la pandémie de Covid-19), oppose deux clubs basques : la Real Sociedad et l’Athletic Bilbao. Match unique dans l’histoire, joué à La Cartuja de Séville sans public, gagné 1-0 par la Real grâce à un penalty de Mikel Oyarzabal. C’est le premier trophée majeur du club depuis 33 ans (Coupe du Roi 1987).

Sous Imanol, le club se qualifie aussi régulièrement pour la Ligue Europa, atteignant les huitièmes de finale en 2021 et les quarts de finale en 2024. La saison 2022-2023 voit même la Real terminer 4e de Liga, qualifiée pour la Ligue des Champions 2023-2024, première participation à la C1 depuis 2013-2014. Une régularité enviable qui assoit le club dans le top 6 espagnol.

Saint-Sébastien, ville de la Real Sociedad
Saint-Sébastien, ville de la Real Sociedad

La nouvelle génération Oyarzabal et Kubo

Le visage actuel du club, c’est Mikel Oyarzabal. Formé à Zubieta, capitaine, ailier gauche international, il a inscrit le but du sacre de l’Espagne lors de la finale de l’Euro 2024 contre l’Angleterre (2-1). Une consécration personnelle qui symbolise la trajectoire d’un club qui continue de produire des joueurs au plus haut niveau international.

Take Kubo, Japonais arrivé en 2022, est devenu l’autre star de l’équipe. Son talent technique et sa polyvalence en font un titulaire indiscutable. Aux côtés d’Oyarzabal, Brais Méndez, Ander Barrenetxea ou Mikel Merino (parti à Arsenal en 2024), il porte la dimension offensive d’une équipe qui continue à séduire par son jeu.

L’enjeu pour les saisons à venir reste de stabiliser cette régularité européenne et, pourquoi pas, viser un nouveau trophée majeur. La Real Sociedad joue une partition différente du Real Madrid ou du Barça, mais elle joue sa propre musique avec talent. Pour découvrir d’autres clubs régionaux espagnols à la trajectoire singulière, notre papier sur le Celta Vigo raconte une autre histoire de fierté provinciale.

Ce qu’il faut retenir

  • La Real Sociedad de Fútbol a été fondée le 7 septembre 1909 à San Sebastián, capitale balnéaire du Pays basque espagnol.
  • Le titre “Real” lui est accordé en 1910 par le roi Alphonse XIII, qui passait ses étés dans la ville.
  • Le club a appliqué une politique de recrutement exclusivement basque jusqu’en 1989, abandonnée avec l’arrivée de l’Irlandais John Aldridge.
  • Double champion d’Espagne consécutif en 1980-1981 et 1981-1982 sous Alberto Ormaechea, avec une équipe quasi exclusivement basque.
  • Coupe du Roi 2020 (finale jouée en avril 2021) gagnée 1-0 contre l’Athletic Bilbao à La Cartuja de Séville, but de Mikel Oyarzabal sur penalty.
  • Le stade Reale Arena (anciennement Anoeta), rénové entre 2017 et 2019, accueille environ 40 000 spectateurs.
  • La cantera de Zubieta a formé Xabi Alonso, Antoine Griezmann, Mikel Oyarzabal, Mikel Merino, Carlos Vela et bien d’autres.

Pour aller plus loin

L’histoire de la Real Sociedad est inséparable de celle du football basque. Pour creuser le sujet, on vous recommande nos papiers sur l’Athletic Bilbao et la singulière philosophie basque du recrutement, sur le Celta Vigo autre belle histoire régionale espagnole, et sur les plus beaux maillots de la Liga où le bleu et blanc txuri-urdin a sa place.

Questions fréquentes

Quand a été fondée la Real Sociedad ?

La Real Sociedad de Fútbol a été officiellement fondée le 7 septembre 1909 à San Sebastián. Le titre “Real” lui a été accordé en 1910 par le roi Alphonse XIII, qui résidait régulièrement dans la ville pendant l’été. Le club est l’un des plus anciens d’Espagne.

Combien de Liga a remporté la Real Sociedad ?

La Real Sociedad compte deux titres de Liga, gagnés consécutivement en 1980-1981 et 1981-1982 sous l’entraîneur Alberto Ormaechea. Une performance majeure, accomplie avec un effectif quasi exclusivement basque, à une époque dominée par le Real Madrid et le FC Barcelone.

La Real Sociedad recrute-t-elle uniquement des joueurs basques ?

Non, plus depuis 1989. Pendant 80 ans, le club a appliqué une politique exclusivement basque, abandonnée avec l’arrivée de l’Irlandais John Aldridge en 1989. Aujourd’hui, la Real combine recrutement international et formation locale via la cantera de Zubieta. L’Athletic Bilbao reste, lui, fidèle à la règle des seuls joueurs basques.

Quels grands joueurs sont passés par la Real Sociedad ?

Le club a vu éclore Xabi Alonso (parti à Liverpool en 2004), Antoine Griezmann (formé en partie au club avant l’Atlético en 2014), Mikel Oyarzabal (capitaine actuel et buteur du sacre espagnol à l’Euro 2024), Mikel Merino, Carlos Vela, Asier Illarramendi. La cantera de Zubieta reste l’une des meilleures d’Espagne.

Où joue la Real Sociedad ?

La Real Sociedad évolue au stade Reale Arena (anciennement Anoeta), situé à San Sebastián. Inauguré en 1993, le stade a été rénové entre 2017 et 2019 pour supprimer la piste d’athlétisme et rapprocher les tribunes du terrain. Sa capacité actuelle est d’environ 40 000 places.

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